Ami-e, entends-tu…

Le protofascisme n’est ni une vue de l’esprit, ni une menace lointaine.

L’invasion des centres de pouvoirs au Brésil, contre l’élection de Lula, le 8 janvier dernier le montre cruellement. On trouve dans l’opération d’anciens ministres, des segments de la police, des électeurs évangélistes, une multitude de personnes qui ont rompu avec un projet démocratique.

La crise démocratique brésilienne s’est amplifiée depuis le coup d’État parlementaire de 2016 contre Dilma Rousseff . L’arrivée de Bolsonaro au pouvoir s’est fondée comme dans d’autres pays sur des logiques de manipulations des émotions, la culture de la peur en s’appuyant sur l’anxiété des populations, la peur de l’autre jusqu’à la haine de l’autre, les mensonges sur la véracité du scrutin, le doute jeté sur toutes institutions constituant « un contre-pouvoir » ou « un régulateur de la démocratie », notamment le tribunal suprême fédéral mis à sac par les fanatiques bolsonaristes.

On compte au Brésil au moins cinq-cents groupes néo-nazis. Ils agissent partout, persécutent les figures intellectuelles, artistiques, les journalistes, sèment la haine contre les homosexuels, les féministes. Ils sont soutenus par de grands industriels qui voient en Bolsonaro le garant de leurs profits et de leurs richesses, jusqu’à réprimer tout mouvement social et populaire.

Ceux-là ne peuvent accepter la victoire de Lula, même courte. Une lutte féroce se déploie donc au Brésil, qui appelle notre attention de tous les instants et une solidarité avec les mouvements démocratiques et progressistes brésilien contre l’alliance entre le fascisme traditionnel et le néo-libéralisme.

Au-delà, ces enseignements valent pour nous-mêmes. Tout d’abord, ne sous-estimons pas la montée des protofascistes dans le monde entier comme moyen de faire perdurer le capitalisme mondialisé avec des tentatives de maintenir que coûte que coûte ce système y compris par la force.

D’autre part, ne cédons pas d’un pouce dans le combat idéologique en portant un projet-processus de transformation communiste de la société et du monde. Le combat engagé pour faire échouer la contre-réforme des retraites est de ce point de vue d’une grande importance.

Tout en soutenant les manifestations, il est indispensable de mener le combat politique et idéologique sur les fondements de la création de la sécurité sociale et de ses nécessaires développements aujourd’hui tout en portant les débats sur le travail, de son sens, de son utilité, de ses conditions d’exercice, de sa rémunération à partir des qualités, des qualifications de chacune et de chacun, jusqu’à porter le débat et l’action sur la souveraineté des travailleurs sur leur travail et la production.

La contre-réforme du pouvoir Macron/Borne ajoutée aux privations engendrées par les hausses des prix, ces dernières étant aggravées par l’affaiblissement des services publics, porte en elle les germes d’une nouvelle progression de l’extrême droite, si le mouvement social, syndical, la gauche unie ne le mettent pas en échec.

Tous les démocrates devraient y réfléchir, y compris dans les cercles gouvernementaux : chaque contre-réforme des retraites s’est traduite par des changements de président et une montée de l’extrême droite. Il en est de même dans des pays voisins notamment l’Italie où l’action des marchés financiers et de la Commission européenne pour imposer de telles contre-réformes a abouti au bout de dix ans à la victoire de partis néo-fascistes se réclamant de Mussolini.

Et, depuis cette semaine l’alliance des macronistes avec la droite des « Républicains » qui en sont à se disputer la paternité de leur sale coup, peut encore élargir la voie du pouvoir pour l’extrême droite.

Rappelons-nous qu’avant les troupes de Bolsonaro attaquant les lieux de pouvoirs, celles des Trumpistes au Capitole à Washington, la tentative de néo-fasciste allemand d’occuper les lieux de pouvoir en décembre 2021 à Berlin, l’invasion du Parlement espagnol, les attaques contre le siège du syndicat en Italie, il y a plus d’un an, les coups de force en France contre le Conseil régional d’Occitanie, les attaques contre des permanences du PCF, les défilés de groupes fascisants à Lyon ou ailleurs, créent une situation nouvelle inquiétante.

On peut craindre de ce qu’il adviendra en Turquie demain avec les élections générales desquelles Erdogan empêche les partis d’opposition de présenter des candidats notamment celui de nos amis le Parti démocrate HDP. Les changements en cours en Israël sont tout aussi inquiétants pour les démocrates et progressistes israéliens, pour les Palestiniens, mais aussi pour les juges et les pouvoirs de la Cour suprême. Ajoutons l’inquiétante dérive des sociaux-démocrates du Danemark.

Notons encore cette semaine la reprise par l’épouse du président de la République de la proposition d’extrême droite de l’uniforme scolaire le jour même où ce parti déposait une proposition de loi en ce sens rédigée par M. Chudeau ancien conseiller éducation de M. Fillon désormais inscrit au RN. Décidément, lesça fonctionne OK j’avais parois sont de plus en plus poreuses entre ces forces politiques qui ont pour mission de servir le capitalisme. Un uniforme qui d’ailleurs n’a jamais existé en France sauf pour les écoles chics, pour famille chic ou a étudié puis enseigné Mme Macron. La blouse d’antan n’était pas un uniforme. Relancer un tel débat est le moyen de ne pas aborder celui des causes profondes des inégalités à l’école et la situation des enseignants.

La France est loin d’être immunisée contre les dangers de victoire des idées de l’extrême droite et de son accession au pouvoir. L’histoire de notre pays est parsemée de ces coups de force. Le 18 brumaire de Bonaparte, le renversement de la 2ᵉ République de Louis Napoléon, le 2 décembre 1851 et même le retour de Charles de Gaulle en 1958, sous la pression des militaires… même en avril 2021 des officiers généraux à la retraite publiaient une tribune menaçante pour les institutions dans le magazine de l’ultra-droite « Valeurs actuelles ». Le combat pour défendre les conquis sociaux, engager un processus de transformation sociale, écologique, démocratique est partie intégrante du combat contre les extrêmes droites


Patrick le Hyaric. La lettre du 14/01/2023. Source Web (Extraits – lecture libre)


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