Réformes

Nous y voilà, car, à en croire Macron, qui le fait répéter en boucle par ses ministres, de la Première au dernier, « il y a urgence à réformer notre système de retraite ».

Urgence pour lui sans aucun doute puisque, depuis qu’il a commencé à parler de réforme, pas moins de quatre années, dont deux très confinées, se sont écoulées.

Quatre années avec discussions, consultations, projections, circonlocutions durant lesquelles le recul de l’âge légal de départ défendu mardi par Elisabeth Borne était considéré par la Macronie comme une pure hérésie. Pour Macron, c’était hors de question.

« Dire « il faut aller jusqu’à 64 ans » », martelait-il en 2019, aurait été non seulement contre-productif, mais « hypocrite ». L’heure était alors à créer « un ambitieux système de retraites par points ». On sait qu’il n’y en aura point.

L’hypocrisie d’hier est devenue la panacée d’aujourd’hui, c’est le recul de l’âge légal de départ à 64 ans qui a été retenu et qui va être défendu à l’Assemblée par la majorité non plus relative mais élargie en partie par les troupes LR du très droitier Ciotti : les deux alliés de circonstance partagent une clientèle électorale de retraités.

Pour autant, ces quatre ans de tergiversations et cette volte-face n’ont en rien contribué ni à la pédagogie sur le sujet ni à la compréhension du projet.

C’est même exactement le contraire.

Au-delà des manoeuvres, même habiles, d’alliances avec la droite pour la faire voter sans recours au 49.3, cette réforme mal expliquée et son urgence sont à la fois mal comprises et mal reçues. Pas seulement par les syndicats, qui sont unanimement contre et entendent faire de ce que Macron considère comme sa « mère des réformes » leur « mère des batailles ». Mais par l’autre préoccupation de Macron du moment : les « gens ». Ceux dont il a intimé aux ministres de se rapprocher : « Mettez-vous du côté des gens. »

Belle intention, sauf qu’à l’heure où les prix continuent de flamber, ceux de l’énergie comme ceux de l’alimentation, et où les perspectives économiques sont aussi sombres que la météo, les « gens » en question ont un peu de mal à être convaincus que l’urgence soit cette réforme des retraites. Et que, même assortie par Borne de mesures destinées à lui donner un accompagnement social, sa réforme soit idéale à court terme pour alimenter la chaudière ou remplir le frigo.

Et entendre que cette réforme est urgente, parce que, c’est selon, « presque tous nos voisins l’ont déjà faite » ou parce que « notre système de retraite par répartition est en danger » ou encore que « c’est la réforme ou la faillite », ne fait qu’ajouter à la suspicion. Le projet persiste à être perçu par ceux qui s’en méfient comme pénalisant pour les plus modestes. Et par les syndicats comme ne tenant aucun compte des solutions alternatives qu’ils ont, eux ou même d’autres, comme Bayrou, défendues, sans succès.

Tout est donc réuni pour que la situation sociale et politique soit explosive. Cela a certes toujours été le cas à chaque réforme ou tentative de réforme des retraites précédentes. Mais la conjoncture difficile ainsi que les passages en force répétés du gouvernement à coups de 49.3 rendent la situation plus tendue aussi bien à l’Assemblée que dans la rue. Pour l’ « urgence » et le bien-fondé de cette réforme, le temps le dira. Mais Borne et Macron ont une autre urgence pour l’immédiat : en limiter les dégâts.


Éditorial d’Erik Emptaz. Le Canard enchaîné. 11/01/2023


7 réflexions sur “Réformes

    • Libres jugements 12/01/2023 / 14:49

      Bien d’accord avec toi Barbara, se faire entendre et pour cela Bien que n’étant pas toujours d’accord avec les mots d’ordres syndicaux, le 19 janvier, j’irais marcher et manifester afin de faire changer l’ordre des choses pour la retraite de nos enfants.
      Amitiés
      Michel

  1. bernarddominik 12/01/2023 / 15:29

    On peut rester à 62 ans et faire comme les 2 quinquennats précédents: ne pas indexer les pensions sur l’inflation, ce sont les comptes des syndicats, cela revient à baisser de 20 à 30% le montant des pensions sur les 10 ans à venir. On a le choix entre les 2 solutions, je trouve la CGT et la CFTC plutôt hypocrites avec leurs calculs qui reposent sur l’appauvrissement. Mais nos syndicats sont des syndicats de classe, ils ne défendent pas les petits. Il n’est pas besoins d’être un champion des maths pour comprendre qu’un excédent de 1% est insuffisant pour faire face au vieillissement de la population. Oui je sais Martinez n’a pas son certificat d’études, mais est ce une excuse?

    • Libres jugements 12/01/2023 / 15:59

      Né en 41 de l’autre siècle, ayant commencé à travailler à 15 ans 1/2 dans un contexte d’étude-travail, j’ai été confronté dès ma jeunesse avec l’ambiance des « vieux ouvriers » de l’industrie graphiques et l’âge de la retraite à 65 ans (et les 40 h hebdomadaire lorsqu’il n’y avait pas en plus les 5 h la matinée du samedi…) Ils avaient de 55 à 60 ans, mais dans quel état mental et physique qui hélas, les faisaient le plus souvent décéder avant leurs 70ᵉ année.
      Je vais bientôt avoir 82 ans et c’est grâce à deux événements majeurs que je suis encore là.
      La retraite instaurée par Mitterrand à 60 ans en 81 et surtout grâce à Ambroise Croizat, la sécu, comme l’évolution sanitaire et médicale.
      Voyant que mes enfants devront cotiser 43 ans (minimum aujourd’hui mais qu’en sera-t-il demain) pour avoir une retraite à taux plein, la plupart devront bosser jusque très près de 70 ans, voire plus. Je suis très inquiet pour eux d’autant que je lis comme tout un chacun peut le faire, les résultats mirobolants des entreprises et les émoluments accordés aux actionnaires qui ne sont absolument pas réellement ponctionnées pour assoir les ressources de la retraite alors que ce sont les salariés qui ont produit leurs richesse…
      Alors non, je ne puis approuver ton commentaire Bernard.

      Amitiés
      Michel

  2. Pat 14/01/2023 / 21:05

    Je suis de 63 Paf ! Non seulement on passe à 64 ans, mais on augmente les trimestres !
    Deux de plus pour moi c’est huit mois de boulot en plus et mon patron le premier bénéficiaire. Et les 1 200 euros sont de la poudre aux yeux (bruts) et ça représente très peu d’augmentation par rapport à aujourd’hui. 25 euros pour moi… Pas de quoi rêver.

    • Libres jugements 15/01/2023 / 12:34

      Merci pour ce commentaire éclairant.
      Quelle va être l’attitude des médias le jour du 19 janv ? 2023 et la énième manifestation géante qui se prépare, s’organise partout en France contre la réforme de la retraite?
      À n’en pas douter, l’interrogation dans la rue va se traduire par maudire les manifestants dans une sélection habile des reportages journaliers. Il en sera de même pour les affidés du pouvoir qui affirmeront qu’il est impossible de faire autrement pour garantir la retraite pour tous. Sauf que cette nouvelle réforme ne garantit strictement rien, car rien n’assure que dès le prochain mandat qui pourrait être celui de Philippe, il ne sera pas fait appel soit à l’augmentation des cotisations, soit à la baisse du montant des retraites, dans le même temps les actionnaires continueront d’engranger des émoluments hors de proportion.
      Oui, je suis pour cette manifestation, je suis pour l’abandon de cette réforme.
      Amitiés
      Michel

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