Charlie Hebdo controversé !

Depuis que l’hebdomadaire a lancé son concours de dessin satirique contre les Mollahs, c’est une attaque en règle contre sa position en faveur d’une libéralisation des mœurs en Iran.

Chacune-chacun peut ou non apprécier les dessins, caricatures publiés. Pour notre part, si nous sommes pour la libéralisation vestimentaire et le respect des femmes dans tous les pays du monde et quel que soit le culte, nous devons dénoncer certains dessins proposés, même si nous pouvons comprendre que la liberté d’expression artistique ou littéraire, doit être de mise partout. MC


Les mollahs sont mécontents.

Les caricatures de leur Guide suprême, publiées la semaine dernière dans ces pages, ne semblent pas les avoir fait beaucoup rire. L’autodérision n’a jamais été le fort des tyrans, qui plus est religieux. Mais leur réaction ne s’est pas résumée à quelques protestations diplomatiques, puisque le site commercial de Charlie Hebdo a été victime d’attaques telles qu’il a fallu le fermer momentanément.

Une enquête est en cours pour comprendre avec précision ce qui s’est passé, mais il semble fort probable que ces attaques aient été diligentées par l’Iran. Charlie Hebdo doit être réduit au silence, d’une manière ou d’une autre, par des balles ou des hackeurs. Même si cela ne concerne qu’un site, c’est-à-dire des chiffres, des formules mathématiques et des algorithmes, c’est tout de même une sensation assez étrange d’être l’objet d’une telle détermination.

On croirait presque retrouver cette émotion si difficile à transmettre, ressentie le 7 janvier 2015. Celle d’être une cible qu’on veut faire taire définitivement, par tous les moyens. Une attaque informatique ne fait pas de morts, mais elle donne le ton. Le régime des mollahs se sentirait à ce point en danger qu’il estimerait vital pour son existence de pirater le site d’un journal français. C’est à la fois un honneur mais surtout la preuve que leur pouvoir se sent bien fragile.

Être une cible qu’on veut faire taire par tous les moyens

Car ce que l’Iran a créé en 1979, c’est une illusion, celle d’une société entièrement dirigée par la religion. La peur et la répression ont pu faire croire que cette utopie religieuse avait réussi. Mais, dans les faits, derrière les voiles et les exécutions publiques, bouillonnaient des revendications et des pulsions de vie qui ne pourraient plus être étouffées indéfmiment.

Qu’est-ce que les mollahs comprennent au désir, à l’envie et à la fougue ? Pas grand-chose, probablement. Leur obsession et leur seule jouissance sont de contrôler les autres, et pour cela ils doivent intimider, dissuader et réprimer. Ils sont incapables d’aider leurs semblables à s’épanouir puisque eux-mêmes ne le sont pas.

Quand on s’est mis soi-même dans une telle impasse, la seule issue est de faire payer aux autres ses propres frustrations. Les mollahs répriment les pulsions de la jeunesse iranienne parce qu’ils n’ont jamais assumé les leurs.

Ce qui se passe en Iran n’est pas seulement une révolution démocratique, c’est une révolte des désirs et du plaisir. Les condamnés à mort, pendus à Téhéran, ne sont pas des femmes ou des hommes dans la force de l’âge, qui ont déjà vécu intensément leur vie.

Ce sont des jeunes, à l’aube de leur existence, remplis d’espoirs et de désirs. Les passions tristes des mollahs ne supportent pas d’être défiées par les passions heureuses de la jeunesse iranienne.


Éditorial de RISS. Charlie hebdo. 11/01/2023


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