Les vœux pieux de Macron

Combattre la sinistrose, dissiper autant que possible le contexte anxiogène, prévenir la résurgence d’un mouvement social type gilets jaunes, véritable hantise du pouvoir : telles sont, en ce début d’année, les préoccupations majeures de l’exécutif. Et tel était le sens de l’allocution d’Emmanuel Macron le 31 décembre 2022.

« II ne faut pas que les Français aient le sentiment que, crise après crise, on ne s’en sortira jamais », résumait-il après coup. Un discours de voeux au cours duquel il s’est efforcé de donner du sens à son nouveau quinquennat (ce que lui demandaient instamment ses troupes). Ainsi a-t-il appelé ses compatriotes à devenir une « génération de bâtisseurs ». Comme lui devant Notre-Dame de Paris ?

En privé, Macron a poursuivi le numéro d’autosatisfaction esquissé à la télé : « L’inflation est stabilisée depuis deux mois, le cap de la fin de la ristourne sur l’essence a été franchi correctement, il n’y a pas d’explosion des prix à la pompe, on a créé 110 000 emplois au troisième trimestre alors que l’Insee en prévoyait 40 000, et la croissance est plus haute que prévu. »

Dommage qu’il ne puisse pas se représenter, car, avec un tel bilan, il serait réélu au premier tour !

Macron a également profité de ses voeux pour lancer un appel à « l’unité» et mettreen garde contre « l’esprit de division qui nous presse de toutes parts ». Appels somme toute traditionnels, qui risquent de ne pas résister, notamment, à la réforme des retraites. Le chef de l’Etat ne se fait d’ailleurs guère d’illusions sur l’acceptation de cette réforme.

« Je vois bien que les Français n’en ont pas envie, reconnaît-il. Quand on regarde les sondages, on constate que les trois quarts d’entre eux sont contre. Peut-être même plus ! C’est normal : la plupart des gens n’ont pas envie de travailler un, deux ou trois ans de plus. Mais ils sont nombreux aussi à comprendre que c’est nécessaire. »

Dans son allocution du 31 décembre, Macron a précisé que la réforme des retraites devrait s’appliquer « à la fin de l’été », c’est-à-dire vers le 20 septembre 2022. Un engagement jugé « très optimiste» par l’un de ses intimes.

« C’est jouable en théorie, car le calendrier législatif le permet. Mais, rappelle ce rabat-joie, il faut avoir en tête que pour une réforme de cette ampleur il y a toujours des points qui sont soulevés au dernier moment et qui provoquent des retards. D’autre part, même si la réforme sur l’allongement de l’âge légal passe par un [projet de loi de financement de la Sécurité sociale] rectificatif (et, donc, grâce à l’usage du 49.3), d’autres modalités ainsi que la réforme des régimes spéciaux devront passer par une loi ordinaire. »

Bref, ce n’est pas seulement l’hiver qui sera chaud. Mais aussi le printemps, l’été et peut-être plus encore…


Le Canard enchaîné. 04/01/2023


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