Moi, je…

Ministre de l’Intérieur, je fais ce que je veux…

La déclaration ne manque pas de culot. Réagissant pour la première fois au limogeage de la préfète d’Indre-et-Loire, Gérald Darmanin a lâché, sur BFMTV : « Un représentant de l’État doit être inattaquable et respectable, et lorsque ce n’est pas le cas, je prends mes responsabilités en tant que chef de l’administration. »

Le 7 décembre, la préfète Marie Lajus a été évincée brutalement de son poste, sans nouvelle affectation. Pour ses soutiens, la haute fonctionnaire a été limogée pour avoir exercé son rôle de garante du respect de la loi. Elle s’est notamment opposée à un projet d’incubateur visant à réunir start-up et chercheurs, qui impliquait de construire un bâtiment de 4 000 m2 dans le parc d’un château classé monument historique, dans une zone non constructible et protégée. Ce qui a irrité des élus de droite et de la majorité.

Mais Gérald Darmanin assure que sa décision de démettre la préfète de ses fonctions n’a « rien à voir avec des projets immobiliers ». […]

Cette phrase n’a pas manqué de faire réagir. D’abord parce que la préfète est, au contraire, connue pour son « professionnalisme », « son impartialité, sa probité et son humanité », ont fait savoir 49 personnalités, acteurs de la société civile, fonctionnaires et élu·es des territoires où elle a exercé, dans une tribune publiée dans Le Monde.

Mais la déclaration du ministre de l’intérieur a aussi provoqué des remous parce que, ces dernières années, il a maintenu en poste, promu ou soutenu des fonctionnaires ou personnalités mis en cause, voire condamnés, dans des affaires financières, de corruption ou de violences. Lui-même a été accusé par deux femmes d’avoir abusé de son pouvoir pour obtenir des faveurs sexuelles.

[…]

En matière de violences policières, la respectabilité est là encore une notion à géométrie variable pour le ministre Gérald Darmanin qui, le 3 janvier, vient de nommer au sein même de son cabinet Claude d’Harcourt l’ancien préfet de Loire-Atlantique en fonction lors du décès de Steve Maia Caniço, survenu au cours d’une intervention de police, en juin 2019 à Nantes.

À la suite de l’instruction menée sur la mort du jeune homme, Claude d’Harcourt avait été mis en examen pour homicide involontaire. Saisie par l’avocat du fonctionnaire, la cour d’appel de Rennes (Ille-et-Vilaine) a annulé, en octobre 2022, cette mise en examen. Désormais placé sous le statut de témoin assisté, l’ancien préfet reste cité dans cette affaire, qui devrait être jugée en 2023. Après avoir fait valoir ses droits à la retraite, il est aujourd’hui conseiller du ministre sur les questions relatives à l’administration territoriale et les cultes. 

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Pascale Pascariello, Antton Rouget et Marine Turchi. Médiapart. Source (Extraits)


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