Tous les chiens sont de bons chiens

Toutes les dictatures sont construites sur deux gigantesques absurdités.

D’abord, elles sont toujours dans l’inconfortable nécessité de donner des ordres, les pauvres. Imaginez comme ça doit être pénible. C’est jeudi, vous attendez le week-end, peut-être irez-vous à la pêche, mais il reste des tas d’ordres à donner à des millions de gens. Ça doit être affreux. Et puis les dictatures ignorent comment s’y prendre pour dicter aux connaissances ce qu’ils doivent faire, elles sont infiniment meilleures pour leur dicter ce qu’ils ne doivent PAS faire. Leur oxygène, c’est d’interdire. C’est pourquoi, en République islamique d’Iran, vous n’avez pas le droit de promener votre chien.

Tous les deux ou trois ans, le gouvernement iranien annonce des mesures de répression supplémentaires contre les chiens. Parce que, pour l’islam, les chiens sont pires que ha-ram, ils sont najes (« intouchables »). Et puis l’augmentation de la population de chiens domestiques est vue par les mollahs comme décadente et occidentale. En réaction à ce comportement immoral et contre-islamique, on a créé des prisons pour chiens. Véridique. Il y a une quinzaine d’années à Téhéran, le chien d’une jeune femme avait été arrêté et relâché sous caution. L’extermination a parfois été utilisée à titre préventif autant que comme punition, mais les forces de maintien de l’ordre lui préfèrent généralement les amendes et le harcèlement (le massacre de chiens ayant tendance à mettre les personnes très en colère).

Exterminer à titre préventif et comme punition

Mais, que font les gens avec leurs chiens ? Bah, ils les promènent, bien sûr. De plus en plus d’entre eux possèdent des chiens. A tel point qu’en 2017, pendant une de ces campagnes de répression, le Los Angeles Times publiait un article sur l’augmentation du nombre de promeneurs de chiens professionnels dans les grandes villes iraniennes. Dans un pays où le chômage est de 35 %, ce n’est pas un mauvais filon. Apparemment, la plupart de ces pros témoignaient de la popularité des teckels et des corgis auprès des passants et racontaient comment certains membres de la police des mœurs profitaient parfois que personne ne regardait pour les caresser.

Il est hors de question que j’identifie un Iranien qui bafoue la loi. Mais j’ai eu la chance de bavarder avec un habitant de Téhéran d’un certain âge, appelons-le Mehdi. Mehdi a des opinions directes et un anglais fleuri. Ses premiers mots : « Qu’ils aillent se faire foutre, et leurs mères et leurs pères avec eux. S’ils approchent de mes chiens, je leur coupe les couilles. »

Il rejette la « loi » et ses campagnes régulières. « On les voit parfois tenter le coup dans les parcs et dans les rues. Toujours sur les jeunes ou les femmes. Moi, ils me laissent tranquille. Parce que, ce que les étrangers ne savent pas, c’est que les ploucs des forces de sécurité sont terrifiés par la grande ville et ses citoyens (et maintenant, même par les écolières). Ce sont des péquenots. Mais ils savent bien qu’ils ne peuvent pas déconner avec les chiens des gens. Tous les chiens sont de bons chiens. Quoi qu’en disent les mollahs. II y a quelques années, j’ai vu une vieille dame avec un épagneul en chasser deux à coups de pied au cul. Ils ne savaient pas comment réagir. C’est ça, la République islamique d’Iran. Un film de Charlie Chaplin, à longueur de journée. »


Robert MCliam Wilson – Traduit de l’anglais par Myriam Anderson. Charlie hebdo. 04/01/2023


Une réflexion sur “Tous les chiens sont de bons chiens

  1. bernarddominik 04/01/2023 / 20:28

    Certes l’exagération est à condamner, mais c’est vrai que l’adoption de chiens par des millions de foyers est le signe d’un profond malaise dans les sociétés occidentales. Avec les incivismes qui vont avec et qui montrent bien qu’adopter un chien est une réponse au manque de liens sociaux et pour certains de liens familiaux. Oui c’est donc bien un signe de décadence.

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