Nupes vers ou ?

… À moins que ce soit le verrou « model » Manuel Bompard, aïe aïe aïe

Ils sont un certain nombre à avoir conservé le même souvenir. En 2019, sur la passerelle qui relie les deux bâtiments du Parlement européen, une silhouette élancée s’avance furtivement, évite les contacts, fuit les regards. Cette passerelle, c’est le lieu des rencontres et des papotages des parlementaires fraîchement élus à Bruxelles. On n’est pas du même bord, mais on s’y interpelle, on y prépare d’improbables alliances, on peut aussi y aplanir des petits différends.

Manuel Bompard, quand il était député européen, n’était pas à l’aise en ce lieu. Serrer la main d’un conservateur allemand ou d’un libéral britannique ? Jamais de la vie, camarade, ce serait le début des compromissions. « Il me rappelait les élus trotskistes du conseil régional, à Lille, qui ne voulaient pas partager la cantine avec les autres !» s’amuse un eurodéputé français.

Ascèse, raideur, froideur, moine-soldat, voilà les mots qui reviennent quand on interroge ceux qui ont croisé le bras droit de Mélenchon, stratège de ses campagnes et aujourd’hui verrouilleur en chef du parti. « Je dirais qu’il n’a pas trop d’états d’âme », sourit un pote de LFI.

A Bruxelles, même les membres de la gauche radicale peinaient à entretenir des liens avec lui : trop sectaire, trop certain d’avoir tout compris et de pouvoir tout bousculer. Bompard prenait souvent un air entendu, l’air de celui à qui on ne la fait pas. Son départ, au bout de trois ans de mandat, pour devenir député français n’a pas été apprécié par son groupe, qui a déploré, mezza voce, une sorte de tromperie des électeurs.

Le garde-flou

Cet homme de dossiers, mathématicien de formation, qui comprend vite, arrive tôt le matin et repart tard le soir, a coutume de dire : « Je n’aime pas le flou. » Il n’y a effectivement aucun flou, ni sur les raisons de sa nomination ni sur la feuille de route que le patron lui a donnée. « Mélenchon, qui se pensait la référence de la gauche, l’homme en surplomb, voit les appétits s’aiguiser : celui de François Ruffin, celui de Clémentine Autain, qui crée son propre parti et agrège des anciens du NPA, celui de Corbière, qui réfléchit un peu trop à la suite… Et Quatennens, qui devait tenir bien serré tout ce petit monde, se retrouve soudain durablement affaibli. Pas question de finir sur la cheminée Quand il a soutenu Quatennens, il a été désavoué par son mouvement. Il a décidé de frapper un grand coup, préventivement », analyse un vieux copain des années PS.

Celui qui manie le glaive, c’est Bompard.

Avec brutalité. Pas de câlinothérapie, de tête-à-tête, de « ne t’inquiète pas, on connaît tes états de service, évidemment que ton tour viendra ». Le fait accompli. Et hop, tous les barons du parti se retrouvent dans un fumeux « conseil politique », tandis que les vrais décideurs, les trentenaires qui doivent tout à Mélenchon, et Bompard, bien entendu, siègent à la « coordination des espaces », lieu du véritable pouvoir.

De l’avis général, le bras de Manuel Bompard n’a pas tremblé. « Bompard a adopté toutes les opinions et détestations de Mélenchon, qui méprise deRuffin, très apprécié de la base, et est exaspéré par le couple Corbière-Garrido, qu’il estime avoir bien payé avec chacun un poste de député », raconte un proche de Mélenchon.

Bompard doit faire face à la révolte, surtout celle de Clémentine Autain, qui réclame plus de démocratie au sein du mouvement. LFI n’a jamais été un lieu de débats, juste une plateforme de mobilisation pour un homme et une élection, la présidentielle. « Les barons, les cheftaines, ça nous emmerde plus que tout », admet un Insoumis marseillais. On n’a guère entendu Clémentine Autain lorsque la juriste Charlotte Girard, grande figure de LFI, est partie discrètement, en 2019. « Tant qu’on est d’accord, tout va bien. Mais il n’y a pas moyen de ne pas être d’accord », écrit Girard le jour de son départ. Bompard, dit-on, n’a pas essuyé une larme.

Émotions de censure

Pourquoi lui ? D’abord parce que ce fidèle parmi les fidèles ne sera pas candidat en 2027. « Manuel est très efficace. Avec sa position dans l’appareil, il va tout geler jusqu’en 2027 pour que Jean-Luc ait le temps de se décider », assure un député LFI. Bompard a toute la confiance du chef. Il est à son service depuis qu’il a 24 ans, a hérité de sa circonscription dans les Bouches-du-Rhône. Le week-end, quand le Lider maximo s’ennuie, Bompard répond toujours présent pour discuter et se balader. Il a déjà vécu chez Mélenchon, occupant la chambre d’ami. Il dormait là le jour de la fameuse perquisition, en 2018.

Quand il s’agit du chef, Bompard est vite bouleversé, quasi transporté, il fend l’armure, devient un autre homme. Après avoir visionné le documentaire réalisé par Gilles Perret sur la campagne présidentielle de 2017, il est allé jusqu’à confier avoir ressenti « une pointe d’émotion ».


Article d’Anne-Sophie Mercier, Dessin de Kiro. Le Canard enchaîné. 21/12/2022


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