Crime contre l’humanitaire

A l’heure où les talibans interdisent aux femmes de travailler pour les ONG internationales, souvenons-nous une nouvelle fois, et sans sourire, des spécialistes capés qui nous avaient vendu le joli concept de « talibans modérés » ou de « talibans d’un nouveau type ».

Comme dans cet article visionnaire, pondu par un « consultant indépendant » sur les « néotalibans », paru au printemps 2009 dans la très sérieuse revue française « Politique internationale » (n° 123). Le garçon estimait les « théologiens » plutôt sympas, car, après avoir « compris l’importance de l’éducation et de la scolarisation, ils ont choisi de ne pas fermer les écoles mais, au contraire, d’en ouvrir de nouvelles ». « Cet exemple étant la preuve de l’évolution du mouvement », concluait benoîtement le spécialiste.

Certains experts s’étaient tout bêtement engouffrés dans la brèche ouverte par les États-Unis, qui faisaient du barbu un bon gars joufflu tant qu’il ne prônait pas le djihad international et ne menaçait pas l’Oncle Sam. La suite, on la connaît.

Revenus au pouvoir en août 2021, les sympathiques sunnites se sont acharnés sur leur peuple, appliquant la charia et le fouet. Loin de rouvrir les écoles, les islamistes ont renvoyé les fillettes à la maison, avant de chasser leurs grandes soeurs de l’université. Et, dernier coup de talon en date dans le ventre des Afghanes : l’interdiction de travailler pour des organisations humanitaires internationales.

Raison invoquée ?

Un relâchement de la tenue islamique au contact des Occidentaux délurés. Les femmes sont nombreuses à travailler dans les ONG. Le Comité international de secours (IRC), par exemple, emploie 8 000 personnes dans le pays, dont 3 000 femmes. Et, comme seule une femme est autorisée à toucher, à réconforter, à prendre soin ou à soigner une autre femme, lui interdire de travailler revient à refuser aide et soins aux Afghanes et à leurs enfants.

Huit ONG se sont déjà désengagées en attendant d’y voir plus clair (notamment Action contre la faim, Care International, Save The Children). Personne ne sait encore si le personnel féminin étranger sont touchés par cette mesure, mais, en cas de violation de l’interdiction, édictée par le ministère afghan de l’Economie, les organisations non gouvernementales risquent de perdre leur licence d’exploitation.

Alors que l’hiver va s’abattre sur le pays, les Nations unies estiment que plus de la moitié des 38 millions d’Afghans ont besoin d’assistance humanitaire.


Article signé des initiales S. Ch. le Canard enchaîné. 21/12/2022


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