Sables d’Or!

Faire de l’argent avec du sable : voilà la nouvelle mode le long de la baie des Anges.

Théoriquement, revendre les concessions de plages que la métropole niçoise décerne en échange d’une redevance à des entreprises privées n’est pas permis. Mais, si les garanties financières du repreneur sont validées au conseil métropolitain Nice Côte d’Azur (51 communes), rien n’interdit à un gérant de céder les parts sociales de sa boîte. « Tout le monde a compris la combine, ça attire des spéculateurs », tempête l’élu écologiste d’opposition Jean-Christophe Picard.

Le 14 décembre, les élus de la Métropole (à l’exception des écolos) ont approuvé la cession de Batik plage, à Beaulieu-sur-Mer. Désigné gérant fin 2019 par appel d’offres jusqu’en 2031, un couple de restaurateurs avait transformé ce bout de plage de la Petite Afrique en « lieu de recueillement du citadin essoufflé par la modernité », comme l’annonçait avec poésie son site Internet.

Après trois ans d’exercice, il est pourtant en passe de lâcher sa concession. C’est la troisième plage sur les 14 attribuées par la Métropole à changer de main en un temps record…

En juillet 2021, déjà, le jeune Louis Piret, 25 ans (petit-fils de Josy Piret, figure de la droite locale), a vendu ses parts de la plage Baieta, sur la Promenade des Anglais.

Un an plus tard, un autre coactionnaire l’imitait, empochant une jolie plus-value au passage. « L’actionnaire majoritaire reste inchangé », rétorque au « Canard » un agent de la Métropole, sans doute soucieux de ne pas faire de vagues…

En avril, la très prisée Bella Nissa a été cédée pour 1,85 million d’euros à l’hôtel Negresco. Deux ans plus tôt, un promoteur immobilier et un agent municipal y avaient planté leur parasol en créant une société au capital de 100 000 euros pour gérer l’étendue de sable (« Nice-Matin », 7/7/22).

A entendre le promoteur, la revente était inévitable : « Je n’avais pas le choix, soupire Yann Claeysen auprès du Palmipède, entre les confinements successifs et mes problèmes de santé, le projet a pris l’eau. » N’empêche que la société a réalisé une belle culbute…

Promoteurs remis à flot

La baignade à Bella Nissa est désormais surveillée par la justice. « Le Canard » a eu confirmation de l’ouverture d’une enquête préliminaire en juin, confiée à la police judiciaire niçoise, sur des soupçons de prise illégale d’intérêts et de favoritisme quant au rôle de l’agent municipal vainqueur de l’appel d’offres.

Ce dernier, un certain Stéphane Fazincani, fils d’un proche du maire de Nice, Christian Estrosi, a fait effacer son nom des statuts de la SARL Bella Nissa juste après avoir été désigné.

Début 2022, surprise ! il a refait surface… quelques semaines avant la revente de la plage à prix d’or. Dans un mail que « Le Canard » a pu consulter, il justifie ce jeu d’écritures par la nécessité de ne pas exhiber son statut d’agent municipal. Admirable pudeur…

La Métropole Nice Côte d’Azur affirme « avec la plus grande fermeté » que son appel d’offres était d’équerre et que l’agent municipal est resté « totalement étranger à la conduite de la procédure ».

Olive sur la pissaladière, une seconde enquête concerne la même plage. L’entrepreneur niçois Patrick Azemar a porté plainte pour escroquerie contre ses associés. Ces indélicats l’avaient écarté du projet dont il était le principal garant financier.

Écœurants, ces concours de châteaux de sable…


Article signé des initiales J. C. Le Canard Enchaîné. 21/12/2022


Une réflexion sur “Sables d’Or!

  1. bernarddominik 03/01/2023 / 11:25

    A Nice dirigée par un certain Estrosi rien d’étonnant. Lisez la baie des anges…

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