Go Sport dans de sales draps

Hélas, la faillite accélérée de Camaïeu a jeté l’opprobre sur cette stratégie cavalière de l’homme d’affaires, Michel Ohayon.

En effet, c’est une chose de racheter à la pelle des entreprises à la barre du tribunal de commerce pour pas grand-chose, c’en est une autre de prendre des risques et de réinvestir durablement dans leur outil productif. Surtout dans un secteur comme l’habillement qui compte des leaders hyper dominants tels Zara, H&M, Primark, Zalando et autres Decathlon, et sur lequel les besoins d’investissements dans le numérique avec le développement du e-commerce sont massifs.

Michel Ohayon a scindé ses activités : avec la FIB d’un côté pour les activités immobilières et, de l’autre, une entité pour le commerce de détail nommée Hermione People and Brands (HPB), désormais possédée par ses fils, les dirigeants qu’il a nommés et par la FIB à hauteur de 6 %. 

Embourbée dans une situation financière tendue, l’enseigne Go Sport est en sursis. Mercredi 21 décembre, le tribunal de commerce de Grenoble a désigné un juge enquêteur pour dresser un état des lieux précis de la situation financière de l’entreprise spécialisée dans les articles de sport, qui compte 2 160 salarié·es et plus de 230 magasins. Le tribunal veut en effet déterminer « avec certitude le montant de la dette et s’il y a ou non cessation des paiements ».

Une fois ces informations connues, il décidera, le 16 janvier 2023, de l’ouverture ou non d’une procédure de redressement judiciaire pour Go Sport […] qui avait été reprise pour un euro symbolique durant la crise sanitaire par la Financière immobilière bordelaise (FIB), propriété de l’homme d’affaires Michel Ohayon, on craint le pire pour l’enseigne d’articles de sport.

Pour rappel, ce sont EY (ex-Ernst & Young) et KPMG, les commissaires aux comptes de l’entreprise – qu’on ne peut pas considérer comme des anarcho-syndicalistes – qui ont lancé l’alerte sur la situation financière de Go Sport : « Nous ne disposons pas d’un degré de confiance suffisant sur les prévisions d’activité et de trésorerie de la société Groupe Go Sport dont la continuité nous semble compromise », ont-ils écrit en novembre dans une lettre destinée à la direction de Hermione People & Brands (HPB), la filiale spécialisée dans la grande distribution de la FIB qui gère Go Sport.

Suspectes !

Les commissaires aux comptes avaient en fait été intrigués par l’enchaînement d’évènements nuisibles à la bonne santé économique du groupe : des problèmes commerciaux d’abord, avec une baisse du chiffre d’affaires de Go Sport de 10 % (environ 40 millions d’euros en moins sur l’année) par rapport aux prévisions pour 2022.

Puis des décaissements de Go Sport pour le moins suspects d’un montant total de 36,3 millions d’euros vers la maison mère HPB, alors même que Go Sport avait urgemment besoin de cet argent frais pour se refaire la cerise. De quoi obérer significativement la trésorerie de l’entreprise. Les commissaires aux comptes ont ainsi estimé la position de trésorerie négative de Go Sport à 10,3 millions d’euros à fin octobre et à 5,7 millions d’euros à fin novembre 2022.

Ils ont aussi constaté que, pour ne pas creuser encore davantage le trou dans ses caisses, Go Sport ne payait plus une partie de ses fournisseurs. « Nous comprenons que des règlements de fournisseurs ont été différés pour des montants importants », ont écrit les commissaires aux comptes – les retards de paiement s’élevant en novembre à 15 millions d’euros maximum, selon nos informations. 

Par conséquent, lors d’une assemblée générale qui s’est tenue le 13 décembre, ils ont fait part de leur refus « de valider les comptes en l’état actuel des éléments en leur possession et ont stipulé [à Go Sport] que [l’entreprise est] en état de cessation de paiement depuis les mois d’octobre et novembre », ont indiqué aux salarié-e-s du groupe les élu-e-s du comité social et économique (CSE). En clair, Go Sport est dans la panade.

[…]


Mathias Thépot. Mediapart. Source (extraits)


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