Mon vieux et moi – 8

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Retour à la maison

Il fixe longtemps la porte extérieure, puis le paillasson, avant de s’avancer… Enfin, il entre.

Chaque mur fait l’objet d’un examen rigoureux, identique à celui qu’il avait fait lors de sa première venue chez moi. Pour qu’il s’y retrouve sans peine, j’ai pris grand soin de ne rien déplacer pendant son absence. Il insiste pour toucher à tout, reprendre contact. Je crains qu’il n’échappe les objets. Ce qui se produit, d’ailleurs

Maintenant installé, il s’en tire plutôt bien, très bien même. Moi, par contre, je commence à réfléchir. Ces quelques semaines de relâchement fêtent perdre le rythme de cette vie à deux. Les athlètes le savent : faut se méfier du repos.

Voilà maintenant que je pose des gestes maladroits et m’arrête à des détails sans importance. La gravité de l’état de Léo semble avoir quintuplé. Je désespère de l’arrivée de nouveaux à m’en occuper. On croirait que je tente de remettre le jaune et le blanc dans l’œuf de la coquille.

Bientôt, le retour des intervenants en soin de la santé a lieu.

A leur tour, les trois inspecteurs viennent sonner à la porte pour veiller à l’installation de nouveaux équipements.

Enfin, l’arrivée de Gilles vient couronner le tout, coffre outil à la main et armée d’une question qui m’est devenue familière :

***************

Léo est devenu vieux. Les vieux oublient, étouffent, font répéter, voient trouble, tombent, n’en veulent plus, en veulent encore, ne dorment plus la nuit, dorment trop le jour, font des miettes, oublient de prendre leurs médicaments, nous engueulent tant qu’on serait tenté de les engueuler à notre tour, pètent sans le savoir, répondent quand on n’a rien demandé, demandent sans attendre de réponse, échappent puis répandent, on mal, rient de moins en moins, gênent le passage, s’emmerdent, souhaitent mourir et n’y parviennent pas…

De plus en plus, Léo prend le hamster pour un chat et lui donne des pâtés en boîte. J’ai beau lui dire qu’il n’aime pas l’odeur – moi non plus d’ailleurs –, Léo s’obstine.

Il ouvre les conserves et les éparpillent partout dans la maison. En peu de temps, une armée de fourmis débarque. La maison empeste. Lorsque j’ouvre pour aérer, Léo me demande de fermer ; il sent « une petite fraîche », comme il dit.

Mon ami me réveille en pleine nuit pour me montrer ses mains.

je ne suis d’aucun réconfort. Je le conduis à sa chambre pour le remettre au lit. Tout en le bordant, je lui répète qu’il s’agit bien de ses propres mains :


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Pierre Gagnon


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