Zéro

Alerte rouge sur la dictée !

Une note d’information du ministère de l’Éducation nationale vient de rendre compte des performances catastrophiques des élèves de CM2 en orthographe – un niveau en baisse constante depuis 1987 (AFP, 6/12).

Cette année-là, une dictée d’une dizaine de lignes comprenant 67 mots avait été soumise à un échantillon représentatif d’écoliers de CM2. Bilan : 10,7 fautes commises en moyenne par tête.

La même dictée a été proposée à des élèves de CM2 à trois autres reprises : « En 2021, [ils] font en moyenne 19,4 erreurs, contre 18 en 2015 [et] 14,7 en 2007 ». Oups…

Par exemple, alors que 61 % des enfants de dernière année de cours moyen écrivaient correctement l’adverbe « certainement » en 1987, ils ne sont, trente-quatre ans après, plus que 43 %. Très certainement une dégradation !

Mais c’est l’orthographe dite grammaticale qui demeure la source principale d’erreurs : si, en 1987, 67 % des CM2 accordaient correctement au pluriel le participe passé dans la phrase : « Ils n’étaient pas rentrés », ils sont seulement 36 % en 2021, soit 31 points de moins !

« Les résultats indiquent une constance dans les difficultés orthographiques », souligne joliment le ministère, puisque « les dix mots les moins réussis dans la dictée sont exactement les mêmes qu’en 2015 ». En 2021, comme six ans plus tôt, 17 % des élèves accordent ainsi sans se tromper le participe passé « vu ». Circulez, y a rien à voir ?

Ce niveau médiocre en orthographe est pluricausal, comme diraient les technos. « La baisse continue du nombre d’heures de français ne peut pas ne pas avoir d’effets sur le niveau des élèves. Aujourd’hui, un élève qui entre en seconde a reçu le même nombre d’heures de français depuis le CP qu’un élève entrant en quatrième dans les années 70 », regrette Romain Vignest, le président de l’Association des professeurs de lettres.

« Nous passons moins de temps qu’auparavant à enseigner l’orthographe, note Pierre Leroy, instituteur en CM2 en Gironde, parce qu’un certain nombre d’enseignements tout aussi essentiels ont été rajoutés au programme – du bon usage du numérique à l’apprentissage de la laïcité – dans un temps scolaire de 24 heures qui, lui, n’a pas augmenté ».

D’après le rapport annuel « Regards sur l’éducation » de l’OCDE, la France reste néanmoins le pays développé qui, à l’école primaire, consacre proportionnellement le plus de temps à la lecture, l’expression écrite et la littérature (38 % du temps d’instruction obligatoire).

D’où la conviction d’Eric Charbonnier, auteur de l’étude en question : « Les élèves français ont beau passer plus de temps que les autres sur la compréhension de l’écrit, leurs résultats sont moyens. Nous payons le sous-investissement chronique dans l’école primaire, inférieur de 9 % à la moyenne de l’OCDE, qui se traduit notamment par un problème de formation des professeurs. »

Un détail !


Article signé des initiales C. B. Le Canard Enchaîné. 14/12/2022


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