Jamais sans mon glyphosate !

Question : que faire lorsqu’on a un méchant doute sur l’innocuité de l’un des herbicides les plus utilisés au monde ?

Suspendre son usage, le temps d’y voir plus clair ? Que nenni, les agriculteurs vont pouvoir, pendant un an encore, asperger à gogo leurs champs de glyphosate au motif que l’Efsa, l’Autorité européenne desécurité des aliments, n’a toujours pas bouclé le dossier de réévaluation sanitaire du produit.

Une bonne nouvelle pour le géant mondial de l’agrochimie Bayer-Monsanto. La multinationale, qui a triplé le prix de vente de son herbicide depuis le début de l’année, affiche en décembre un résultat d’exploitation de 1,2 milliard d’euros, soit deux fois plus qu’en 2021.

L’industriel jouait gros. Sa poule aux oeufs d’or devait, ce 15 décembre, être réhomologuée ou pas pour cinq ans. En mai, l’Efsa a prévenu qu’elle ne rendrait son expertise qu’en juillet 2023. La Commission européenne a alors mis au vote la prolongation pour un an du glyphosate. Les 27 Etats membres n’ayant pas réussi à se mettre d’accord, Bruxelles a donc tranché seul. Histoire de ne pas se fâcher avec ses agriculteurs, la France s’est abstenue de voter, et tant pis si, lors de la présidentielle de 2017, Macron avait promis aux écolos d’interdire à terme le glyphosate. L’année dernière, 7 765 tonnes de ce produit ont encore été pulvérisées dans nos campagnes.

Cela fait maintenant sept ans que les agences sanitaires s’écharpent au sujet de la dangerosité du glyphosate. Pour le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), qui dépend de l’Organisation mondiale de la santé, l’affaire est entendue : le désherbant est « un cancérigène probable » pour les humains.

A l’inverse, l’Efsa et l’Echa, sa consoeur dévolue aux produits chimiques, ont, jusqu’à présent, jugé ce risque improbable. Sauf qu’en 2017, lorsqu’il a fallu réhomologuer le produit, les deux agences se sont surtout fondées sur les études fournies par Monsanto, contrairement au Circ, qui, deux ans plus tôt, avait pris en compte les travaux de recherche indépendants…

Même s’il jure que le risque est bidon, Bayer a déboursé plus de 10 milliards de dollars pour tenter de régler à l’amiable l’action en justice intentée par 100 000 Américains qui accusent le glyphosate de leur avoir filé le cancer.

L’herbicide n’est pas le seul à voir son utilisation prolongée par les autorités sanitaires européennes les yeux fermés. D’après les calculs de l’ONG FoodWatch, 30 % des 455 pesticides actuellement commercialisés dans l’Union bénéficient d’un renouvellement d’autorisation provisoire !

A Bruxelles, c’est Noël avant l’heure pour l’industrie de la chimie…


Article non signé lu dans le « Canard Enchaîné ». 14/12/2022


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