L’enfer de la médaille

Francky Vincent, Le célèbre auteur interprète de « Vas-y Francky c’est bon » est promu chevalier des Arts et des Lettres, pour lesquels il a tant œuvré.


Vas-y, rima, c’est du tout bon ! Quelle mouche a piqué la ministre de la Culture, Rima Abdul-Malak, de nommer l’ineffable chanteur guadeloupéen Francky Vincent chevalier des Arts et des Lettres ?

Quelle mouche ou plutôt quelle chanson piquante a convaincu l’ancienne conseillère de Macron et ex-directrice des programmes de Clowns sans frontières de la contribution dudit Francky au « rayonnement des Arts et des Lettres en France et dans le monde » ?

Est-ce son tube « Fruit de la passion », qui l’a révélé en 1994 et qui lui aurait été inspiré par les saccadés encouragements d’une partenaire : « Vas-y Francky c’est bon » ? ou bien son premier single de 1978, « Braguette d’or », à l’époque où il s’auto proclamait « Zoukeur X », alias « Docteur Porno » ? ou encore son come-back de 2009 avec « Tu veux mon zizi ? », qui lui a permis de rajeunir son public ?

Serait-ce « Le Tourment d’amour » ? « Mon tourment d’amour est un méchant gâteau/A base de muscles et de spermatos… » ou son autre carton « Alice, ça glisse » ? « Alice, ça glisse/Au pays des merveilles/Bravo Francky, je sens tes groseilles (…) /Tu approches ta bouche féline/Attends-moi, faut que j’urine… » « Ma canne à sucre » ? « Bois bandé » ? « Ma banane flambée » ? « J’adore les moules » ? « Ta touffe m’étouffe », « La Chatte à la voisine » ? Du grand art !

Pourtant, fort de ces « succ-sexe » sur quelque 170 titres déposés à la Sacem, fort de ses quarante-huit ans de carrière et de ses 3 millions d’albums vendus, Francky Vincent, 66 ans, la joue modeste.

Chevalier des Dards et des Lèvres

Son « personnage » de beauf « tombeur » de filles ? « Une grosse blague », rigolait-il dans une interview de 2016, déclarant : « Le sexe n’est pas mon univers. » Juste un choix stratégique opéré à 20 ans passés pour percer, quand il a constaté que la chanson sentimentale ennuyait… Il dit avoir choisi le registre explicite « par provocation » contre l’hypocrisie de l’Eglise et ses tabous à la Guadeloupe, quitte à mal passer localement.

Il se veut simple « marchand de bonheur », faiseur de mariages, contributeur à la natalité, mais d’abord comique bon enfant. Tout en reconnaissant : « C’est vrai que ce n’est pas de la culture, mais, en France, on veut tout intellectualiser » Le Télégramme », 16/9/04). Et voilà qu’il est sacralisé chevalier… de la « zigounette » ?

Mais, chez ce chanteur de « zouk décalé », qui sait aussi faire des bons mots, affleure aussi une « méchanceté souriante », diagnostique « Le Parisien » (10/6/2000). Et raffinée, comme dans « Accras boudin », chanson assassine sur les soirées antillaises : « A cette soirée accras boudins/Y avait que des boudins/Elles n’auront pas l’honneur/De goûter à mon boudin/Bien au plus profond de mon slip/Je garderai mon boudin noir. »

En 2003, le chanteur s’est essayé à la restauration en ouvrant le Francky Vincent Café dans la zone industrielle de Thiais (Val-de-Marne). Mais, au bout de six mois, il l’a fermé sans crier gare, laissant sur le carreau ses employés, qui, du coup, ont saisi le parquet… Furax, Francky s’est vengé l’année d’après avec « Droit de réponse », où il les assaisonne : « Bande d’enfoirés », « Bande de malpropres », « Personnel de merde/Qui l’a foutu dans la merde », « Personnel à chier/Qui l’a vraiment trop fait chier », « Dans mon établissement, j’avais des crevures/Qui ne pensaient qu’à fumer, baiser et salir », etc. Quatre minutes de fiel sur le même air.

Un faux débonnaire ? Pris à partie ce 6 décembre à propos de sa décoration sur le plateau de « Touche pas à mon poste », Francky Vincent s’est vu sommer de s’expliquer sur ses accointances avec Dieudonné – son « idole », selon une déclaration faite, qui plus est, sur la chaîne du facho Alain Soral – et sur sa présence au « bal des quenelles » en 2020. Il ne s’est pas laissé aller, cette fois, à la bordée d’injures mais n’en a pas moins refusé de désavouer l’antisémite patenté : « Je ne cautionne rien du tout. Je m’arrête à l’homme. A celui qui me fait rire. Ça ne va pas plus loin. » Avant une défense du style « Je ne suis pas raciste mais… » : « J’ai une soeur qui a eu un enfant avec un Juif (…), j’ai un neveu qui est mélangé » (sic).

Docteur Porno et Mister Dieudo

Dès le lendemain, Dieudonné, dans une vidéo, s’est emparé du « lynchage » de son « collègue et ami », en y décryptant une leçon de morale esclavagiste imposée aux « nègres ». Il a ainsi salué la « résistance antillaise » des antivax et des gilets jaunes, incarnée par son « pote » Francky.

Mais les chansons de Francky « appartiennent à tout le monde ». C’est ce qu’il a répondu sur BFM (6/12) alors qu’on lui rappelait que les militants RN avaient salué le carton de leur patronne aux législatives d’un « vas-y Marine, c’est bon, bon, bon… ». Francky, qui a jadis chanté « Vas-y Titi, tiens bon » à un meeting de Tiberi, n’est pas sectaire.

Celui qui prétend être « le Lionel Messi du zouk » se dit fou de foot, et, s’il est fan de l’Olympique lyonnais, c’est parce que, dit-il, ils ont une pub Justin Bridou sur le maillot. « Associer un saucisson à du sport, j’avais trouvé ça énorme ! »L’Est républicain », 20/4/08). Sa nouvelle groupie, la ministre de la Culture, doit, pour sa part, savourer cet art de renvoyer la balle.


David Fontaine. Le Canard enchaîné. 14/12/1022


2 réflexions sur “L’enfer de la médaille

    • Libres jugements 20/12/2022 / 16:38

      Tout à fait vrai ton commentaire, Christine.
      il en reste que ce gugusse a reçu une médaille honorifique.
      Je ne voudrais pas être celles ou ceux qui ont déjà reçu ce même type de médaille, ils doivent se sentir déconsidérés vis-à-vis de leur art et du commun des mortels.
      Amitiés
      Michel

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