L’État fait la charité

Et hop ! Un nouveau petit chèque. Normal, c’est bientôt Noël…

… et c’est le petit Manu qui régale. Autrement dit, l’État. Avec toute la sévérité qu’il est capable de mettre dans son regard bleu acier, Macron avait pourtant déclaré aux « gilets jaunes » en colère qu’il n’y avait pas d’argent magique. Il faut croire qu’il a depuis trouvé une baguette pour multiplier les euros et les cadeaux.

À partir de la fin décembre, le chèque énergie exceptionnel (entre 100 et 200 euros selon les revenus) va ruisseler chez les pauvres. Puis, à partir de janvier 2023, le chèque carburant coulera à flot, à coups de 100 euros délivrés aux « travailleurs modestes qui ont besoin de leur voiture pour aller au travail » qui « en feront la demande », a précisé la Première ministre, Élisabeth Borne, le 7 décembre.

Certes, le message, du point de vue de la transition écologique, est plus que discutable, mais il a le mérite de ratisser large. Quelque 10 millions de personnes sont potentiellement concernées par le chèque carburant, soit presque un travailleur sur trois puisque, selon l’Insee, le nombre de personnes « en emploi » était en 2021 de 27,27 millions. Coût du coup de pouce pour l’État : 1 milliard d’euros. Quant au chèque énergie exceptionnel, il tombera automatiquement dans les souliers de quelque 12 millions de ménages concernés et coûtera 1,8 milliard d’euros.

Des petits chèques, individuellement – qui ne changeront pas grand chose à la situation financière dégradée des travailleurs pauvres –, mais une belle somme pour la collectivité. Des aides auxquelles viennent s’ajouter les « chèques » précédents :

  • le chèque chauffage bois (entre 50 et 200 euros selon les revenus et le type de bois, oui, oui), 2,6 millions de ménages concernés, 230 millions d’euros ;
  • le chèque fioul (entre 100 et 200 euros) pour 1,6 million de ménages et 230 millions d’euros (aussi) ;
  • le chèque énergie classique (entre 48 et 277 euros), 5,8 millions de foyers, 900 millions d’euros.

N’en jetez plus !

Une baguette pour multiplier les euros et les cadeaux

  • À partir de là, il y a deux façons de voir les choses. On peut considérer que la France est vraiment un pays d’assistés. C’est la façon de penser majoritaire chez ceux qui vivent au chaud avec une épargne faite d’assurances-vie et de rentes financières ou immobilières pour le vulgum pecus et/ou, pour le haut du panier des entrepreneurs ultra-subventionnés, pléthore d’aides publiques et d’avantages fiscaux.
  • Ou l’on peut, au contraire, se désoler de voir l’État providence se métamorphoser en État charité, saupoudrant des euros à tire-larigot. Des aides peut-être « ciblées » sur les modestes, mais insuffisantes pour les sortir de la mouise.

Or l’État providence, c’est cette conception que les services publics, les cotisations sociales mutualisées (assurance-chômage), le salaire différé (santé, retraite…) offraient un bon filet de sécurité aux salariés. Couplée à des augmentations de salaire, cette politique sociale offrait l’impression de jouir de cette société de consommation présentée comme l’horizon indépassable des systèmes économiques démocratiques.

On arrive au bout de ce modèle, et la crise écologique va rattraper tout le monde plus vite que prévu.

Pour autant, arroser de-ci de-là au bon vouloir du détenteur du chéquier des millions de personnes qui, bien que travaillant, n’ont plus les moyens de se payer de quoi se chauffer, bouffer ou aller au boulot n’est pas non plus faire preuve d’une grande clairvoyance politique.

Après avoir géré depuis des décennies l’État comme une entreprise en voulant, à marche forcée et contre l’avis des professionnels, transformer l’hôpital, EDF ou la SNCF en boites à fric, l’État se lance désormais dans la charité, qui est toujours l’inverse de la justice sociale.

Première cocasserie, il déclenche d’ores et déjà la colère du FMI, qui l’appelle à cesser son fameux « quoi qu’il en coûte ». Et ne peut même pas s’assurer que ses aumônes, érigées en politique, puissent acheter la paix sociale.


Natacha Devanda. Charlie hebdo. 14/12/2022


2 réflexions sur “L’État fait la charité

  1. bernarddominik 19/12/2022 / 11:35

    D’abord, il faut préciser que grâce à la TVA l’inflation enrichit considérablement l’état.
    Donc ces chèques ne sont que rendre aux plus pauvres ce qu’on leur a pris, du moins une petite partie.
    En revanche, pour ceux qui sont juste au-dessus, il va falloir se serrer la ceinture.

  2. Pat 19/12/2022 / 18:57

    Je suis assez d’accord avec le commentaire précédent. Je ne pense pas que l’état y perde à distribuer des chèques plutôt que d’augmenter prestations et salaires…Et puis, à force, on va bien finir par oublier d’en réclamer un de temps en temps… Sans compter que c’est une pratique régalienne très ancienne…de distribuer quelques pièces en aumônes.

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