Déficits partout, exportations nulle part

Et maintenant, les « déficits jumeaux » !

L’expression est née dans les années 1980 pour se moquer des États-Unis de Ronald Reagan. À l’époque, l’ex-comédien s’était lancé dans une « guerre des étoiles » contre l’Ours soviétique, à grands coups de dépenses militaires. Résultat : non seulement une forte hausse du déficit budgétaire, mais aussi des importations, car les entreprises américaines n’étaient déjà plus compétitives, se faisant exploser par les japonaises dans l’électronique, l’informatique, et même l’automobile.

On avait alors craint que ce double déficit – déficit public et déficit commercial – ne fasse plonger le dollar. Mais, comme toujours, la devise américaine, acceptée dans toutes les échoppes de la planète, s’en était sortie. Il est moins sûr que l’avenir soit aussi rose pour notre pays. D’une part, la politique du « quoi que l’État perde » menée par Macron à chaque problème – Covid ou flambée du coût de l’énergie -vide les caisses publiques plus vite que Gérald Darmanin n’expulse les sans-papiers. Ainsi, rien que l’année prochaine, l’Agence France Trésor demandera 270 milliards d’euros auprès des banques, fonds de pension et compagnies d’assurances du monde entier. Toute la question va être de savoir quel taux ces braves gens demanderont en échange pour accepter de nous prêter les sous de leurs épargnants.

Car « en même temps », notre déficit commercial bat record sur record. Pour la première fois, il dépasse les 150 milliards, s’élevant à 154 milliards d’euros exactement pour l’année 2022 (1) . Et tout ne s’explique pas par les importations de gaz et d’électricité. Le rouge est de mise partout,

conséquence de la désindustrialisation organisée par les gouvernements des dernières décennies, qui ne voyaient pas de problème à commercer « librement» avec des pays ne respectant aucune de nos normes sociales ou environnementales. Résultat : alors que la France représentait 16 % des exportations de marchandises de la zone euro, sa part a été ramenée à 10 %, une chute vertigineuse.

Un poison lent qui va finir de tuer notre industrie

Ce qui est sûr, même si la question agite beaucoup moins le pays qu’il y a quelque temps, c’est que c’est l’euro qui nous sauve ! Si nous en étions restés au franc, notre abyssal déficit commercial aurait fait plonger notre monnaie nationale. Le gaz et le pétrole étant facturés en dollars, leur prix en francs aurait crevé le plafond, faisant ainsi exploser l’inflation, et donc précipitant le pays dans la récession, tout en aggravant le déficit public.

Cela dit, ce « déficit commercial sans pleurs », pour reprendre une autre expression utilisée d’habitude pour les États-Unis, n’est pas réellement une bonne chose. Je pense que c’est même un poison lent qui va fmir de tuer notre industrie. En effet, si nous en étions restés au franc, la crise que nous aurions connue aurait été terrible, comme ce qu’il s’est passé au Royaume-Uni au tout début du mandat de Liz Truss, quand la livre sterling s’était effondrée. Mais cette violente alerte nous aurait – peut-être ! – forcés à réagir, comme lorsque la Première ministre britannique a dû changer de ministre des Finances au bout de quelques semaines.

Là, il ne se passe rien, ou presque. Ainsi, l’agence américaine de notation Standard & Poor’s (S&P) a mis la France « sous revue négative » tant ses perspectives sont désormais sombres. Pourtant, jusqu’à il y a peu, notre pays était très recherché par les investisseurs partout dans le monde, au point que l’État pouvait emprunter à des taux d’intérêt négatifs – c’est-à-dire rembourser moins que ce qu’il avait emprunté. Ah ! si seulement nous avions un président réformateur qui permette à la France de retrouver la voie de la recherche, de l’innovation et de la compétitivité, et pas un reclus apeuré qui signe des chèques à tout le monde au moindre problème !


Jacques Littauer. Charlie hebdo.


1. « Pourquoi le déficit commercial de la France n’en finit plus de se creuser », par Nathalie Silbert (Les Échos, 7 décembre 2022).


Une réflexion sur “Déficits partout, exportations nulle part

  1. bernarddominik 18/12/2022 / 08:40

    Oui deux très graves problèmes. Macron n’a pas compris que la France n’a plus les moyens de sa politique. Elle dégringole dans tous les domaines.

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