Curiosité – 1

Armand Robin a inventé un métier – écouteurs de radio international de petites et moyennes ondes – que l’on exerce chez soi. Il « suffit » d’« un poste de radio » et de « maitriser une quinzaine de langues vivantes ».

Armand Robin consigna ses notes d’écoute dans un petit bulletin d’information : « les fausses paroles ». De 1944 à sa mort en 1961, il y note et dénonce : les propagandes en tout genre, les mensonges, la guerre psychologique.

Pourquoi, surtout pour qui, la radio italienne sur ondes courtes diffuse-t-elle chaque après-midi à cinq heures en langue pakistanaise des propos que l’honnête homme d’Italie s’en voudrait d’écouter ?

À cette heure, pas un seul pauvre diable de pakistanaises n’est libre pour écouter, à supposer qu’il possède un récepteur de radio et surtout à supposer que, moins sensé que l’honnête homme d’Italie, veuille bien écouter !

  • La radio italienne veut ainsi pouvoir se dire quelle est la radio d’une grande puissance.
  • Fort impuissante !
  • N’est-ce pas le cas de tout ce qui se dit grande puissance ?

Cependant, il conviendra de prévoir le cas d’un pakistanais, d’un seul, d’un exceptionnel pakistanais perverti au point de considérer que l’Italie est haïssable et donc faisant l’impossible pour arracher à ses conditions de vie naturelles, les minutes indispensables pour se mettre malignement à l’écoute du sous-langage de l’ennemi

  • Cet insensé pakistanais me semble normal selon les règles de l’actuel monde a l’envers : au lieu de penser que tous ses ennemis sont en lui et seulement en lui, il les rêve en dehors de lui-même. Il relaye le mal, car, s’imaginant le recevoir de l’extérieur, il le renvoie et le propage un peu plus loin.
  • Mais on pourrait vous objecter : vous êtes peut-être le seul pakistanais au monde, Armand Robin, à écouter les émissions italiennes en pakistanais à cinq heures chaque après-midi, que la diable fait
  • Je l’espère pour les véritables pakistanais.

En toute langue, le langage séparé du verbe est mis en circulation autour de la planète en une inlassable ronde ou les très brefs arrêts sont de haines adverses qui, pareillement, hébergent, réchauffent, nourrissent, remettent en route ce vagabond dérisoire : « je te rends ces mots tels que tu me les as prêtés ! », Dit-telle Haine à sa voisine, avec gentillesses de Haine.

Mais on dirait que nul homme tenant à vraiment parler et entendre n’a de lèvres, n’a d’oreilles pour cet espéranto du nom parler.

Cependant, il ne peut être inutile d’étudier les bas-fonds du langage : il est toujours salutaire de décrire correctement les enfers.

On découvre ceci :

La fausse parole ne peut être toute à fait aussi fausse qu’elle prétend ; et même la non parole ne saurait devenir toute à fait non parole ; en effet, un néant réclamant sa qualité de néant cesse d’être le néant ; le négatif-à-l’extrême (et c’est précisément le cas des êtres de propagande) et par définition non possible, pour la très simple raison que la nature du négatif-à-l’extrême est de tendre à l’inexistence et que tendre à l’inexistence suffit à empêcher d’inexister.

Des épendaisons de mots absurdes en pakistanais alors que pas un seul pakistanais ne les écoutera ce que représentent ce qui est le plus proche du RIEN absolu ; mais qu’un seul homme au monde, pakistanais pas prévu, les entendait se mettent à concevoir du pensé à partir du néant qu’elles étaient promptes à vouloir être, et les voilà subitement affligé d’Être.

Au rebours, ce qui est positif à l’extrême (la sainteté, le génie, l’entendement du métaphysique, etc.) Et accessible, le but ne se dérobant pas mais au contraire s’affermit sans à chaque pas fait dans sa direction ; qui cherche le positif à l’extrême non seulement la trouver, mais encore le fait exister davantage.

Une fois de plus, c’est le mot de « niaiserie » qui s’impose, si on veut qualifier avec justesse toute entreprise politique, tactique ou stratégique, d’utilisation du langage.

Reste cependant à examiner ce que peut bien signifier un langage sans signification, car rien est impuissant à être rien, rien est quelque chose : il s’agit de percer ce secret.


Extrait de « La fausse parole ». Armand Robin


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