Le groupe “Avec”, marche sur la dette.

Ardoises en pagaille, heures travaillées non payées, procès perdus aux prud’hommes…

Il en a, des casseroles, le groupe de soins et d’hôtellerie Avec (« Le Canard », 9/11). Pourtant, son patron affairiste, Bernard Bensaid, ses 400 établissements et ses 12 000 salariés continuent de séduire les tribunaux.

Celui d’Agen, par exemple, lui a confié la reprise d’une association d’aide à domicile il y a six semaines (« La Dépêche », 15/11). N’empêche, analyse un ancien de la garde rapprochée de Bensaid, « le bureau de la compta est un amoncellement de relances (pour impayés) et de recommandés ».

« L’huissier vient si souvent que je lui paie le café, plaisante ainsi un salarié d’un centre optique. Il y a un mois, il a débarqué avec la police pour faire l’état des lieux. » L’expulsion du centre de santé du Moulinet, dans le XIIIe arrondissement de Paris, est prévue pour le 16 décembre. Il accueille encore certains employés du centre de santé Viala, dans le XVe arrondissement, abandonné après deux ans de « location sans bail », comme le dit le patron.

Même le siège du groupe, à Vincennes, a reçu un commandement de quitter les lieux : le loyer n’y étant pas plus honoré que les charges locatives, le chauffage y a été coupé ! Les fournisseurs aussi attendent leur chèque. Dans des échanges consultés par le Volatile, la directrice financière d’une clinique explique qu’elle devra bientôt déprogrammer des opérations, si les fournisseurs ne sont pas payés. « On commande des fournitures d’avance parce qu’on sait que les fournisseurs qui accuseront des retards de paiement ne voudront plus nous livrer », explique une employée.

« Les seuls qui sont payés à l’heure sont les avocats », sourit un démissionnaire du groupe. Y a intérêt ! L’un d’eux n’est autre que Tiphaine Auzière, la belle-fille d’Emmanuelle Macron, intervenue sur des dossiers de rachat.

Yves Jégo, ex-secrétaire d’Etat, délégué général et numéro deux du groupe Avec, ne souffre pas non plus de retards de paiement. La stratégie d’Avec est… mutualiste.

Le principe : faire remonter la trésorerie (argent public et argent privé mêlés) des boîtes les moins en difficulté, afin de sauver les plus endettées et d’en racheter d’autres. Mais, lorsque près de 8 millions d’euros ont filé des caisses du Groupe hospitalier mutualiste de Grenoble vers la mutuelle d’Avec, Doctocare, une plainte contre X a été déposée au Parquet national financier par les syndicats de la clinique pour prise illégale d’intérêts et détournement de fonds (« Le Dauphiné libéré », 29/11).

Avec 20 millions d’euros de pertes en 2021, le groupe a une santé financière fragile. Et c’est grâce à un prêt de 46,1 millions d’euros garanti par l’Etat qu’il a pu continuer son ascension après la crise du Covid. Qui voudrait mettre en difficulté 12 000 acteurs du secteur médico-social ?

Borne à distance

Bensaid, qui se targue de soutiens politiques, avait publiquement félicité Elisabeth Borne lors de sa nomination, lui rappelant l’époque où ils étaient « voisins de chambrée » à Polytechnique, en 1981. Avant que celle-ci assure froidement à l’Assemblée qu’elle n’aurait « aucune complaisance » à son égard. Bernard Bensaid ne s’explique pas cette sortie (« Le Dauphiné libéré », 17/11) : « Très modestement, je pense que j’aurais plutôt dû avoir la Légion d’honneur ! »

Interrogée le 22 novembre par le député PCF de Seine-Maritime Hubert Wulfranc, la ministre chargée de l’Organisation territoriale et des Professions de santé, Agnès Firmin Le Bodo, a rappelé qu’ « un suivi attentif » du groupe était en place, afin de « repérer et condamner tout détournement de fonds publics, notamment dans le contexte de recours à des sociétés-écrans ».

L’entrepreneur se défend : il ne se rémunère pas au sein d’Avec, bâti sur les deniers de sa belle-famille. Il vit de son patrimoine immobilier privé et professionnel. Ces critiques, conclut-il, sont l’ceuvre de « jaloux ». Et d’antisociaux ?


Fanny Ruz-Guindos. Le Canard enchaîné 14/12/2022


Une réflexion sur “Le groupe “Avec”, marche sur la dette.

  1. Pat 17/12/2022 / 11:35

    On sait très bien qu’il faut toujours faire avec…

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