De l’extinction à la pollution

Rouen. Septembre 2019. Lubrizol prend feu. Les moyens de lutte contre l’incendie généralisé sont dérisoires.

Des mousses d’extinction sont convoyées en urgence sur place depuis des casernes d’île-de-France. Les agents formant un film flottant (AFFF) perfluorés sont indispensables pour étouffer les hydrocarbures et les solvants chimiques enflammés. Ils sont indispensables, mais ils sont toxiques pour tout, et utilisent toutes les voies de transfert disponibles pour nuire à l’intérêt général, les fumées, les sols et sous-sols, les intempéries, les eaux de surface et les eaux souterraines, l’ingestion et le contact rapproché.

Les AFFF perfluorés sont cancérogènes, perturbateurs endocriniens. Ils endommagent le foie et les reins. Ils augmentent le taux de cholestérol, favorisent l’obésité, diminuent la réponse immunitaire aux vaccins. Ils sont bioaccumulables et hyperpersistants dans les organismes et dans l’environnement.

Certains disent qu’ils sont éternels. Dans les jours qui ont suivi la catastrophe Lubrizol, un bond des résidus des mousses d’extinction a été relevé dans les eaux des stations d’épuration de Rouen et de ses environs.

Les AFFF perfluorés sont éternels

Rockton, Illinois, États-Unis. Juin 2021. Un feu monstrueux ravage Chemtool, une filiale de Lubrizol. La compagnie multinationale s’excuse, comme à Rouen, mais déverse pendant plusieurs heures sur le brasier 12 113 litres d’AFFF mélangés à 268 765 litres d’eau, avant de recevoir l’ordre d’utiliser une mousse d’extinction alternative.

Les autorités sanitaires du comté de Winnebago redoutent une pollution de la Rock River et du forage distant de 2 km qui alimente en eau potable Rockton (8 000 habitants) et les environs.

Dans la procédure lancée contre Chemtool-Lubrizol, le procureur général de l’Illinois exige des informations sur les causes de l’incendie, l’inventaire des produits chimiques brûlés, les trajectoires des panaches et sur les conséquences de l’utilisation des mousses AFFF. Les moyens de lutte contre l’incendie sont mis sur le même plan par la justice que les matières, produits et négligences responsables de l’incendie.

Aux États-Unis, tous les sites utilisés par les pompiers pour s’entraîner à la lutte contre les feux d’hydrocarbures et de solvants chimiques sont considérés comme pollués, dont 524 aéroports civils et 400 bases militaires. Soixante-quinze procès sont en cours, lancés par les soldats du feu, les agents de sécurité et les riverains.

Les gestionnaires d’aéroports nient leur responsabilité et rappellent que la Federal Aviation Administration (FAA) les a obligés à stocker et à utiliser pendant des décennies des mousses d’extinction à base de perfluorés.

Dans le même temps, ils font du lobbying auprès du Congrès pour qu’une loi limite leur exposition financière dans la dépollution et la réparation des dommages sanitaires et environnementaux.

Cent cinquante-deux aéroports et héliports au Canada et 20 aéroports en Australie ont confirmé des concentrations importantes à l’endroit et autour des parcelles dédiées à l’apprentissage de la lutte contre les feux.

En Europe, Dortmund, Stuttgart, Cologne, Londres, Copenhague sont passés à des mousses d’extinction dites sans fluor. En Suisse, 12 écoles du feu dans des plateformes industrielles, dans des décharges de déchets, dans des centres d’instruction de la protection civile ont fait l’objet d’un diagnostic préliminaire, et il s’avère que cinq d’entre elles ont pollué des captages d’eau potable ou des rivières.

Les concentrations à l’intérieur des sites d’entraînement peuvent être considérables (jusqu’à 0,21 g/kg de terre) et constituer des réservoirs majeurs de polluants

Dans le même temps, ils font du lobbying auprès du Congrès pour qu’une loi limite leur exposition financière dans la dépollution et la réparation des dommages sanitaires et environnementaux. Cent cinquante-deux aéroports et héliports au Canada et 20 aéroports en Australie ont confirmé des concentrations importantes à l’endroit et autour des parcelles dédiées à l’apprentissage de la lutte contre les feux.

En Europe, Dortmund, Stuttgart, Cologne, Londres, Copenhague sont passés à des mousses d’extinction dites sans fluor. En Suisse, 12 écoles du feu dans des plateformes industrielles, dans des décharges de déchets, dans des centres d’instruction de la protection civile ont fait l’objet d’un diagnostic préliminaire, et il s’avère que cinq d’entre elles ont pollué des captages d’eau potable ou des rivières. Les concentrations à l’intérieur des sites d’entraînement peuvent être considérables (jusqu’à 0,21 g/kg de terre) et constituer des réservoirs majeurs de polluants.

Les Pays-Bas, l’Allemagne, le Danemark, la Suède et la Norvège, qui a interdit dès 2005 l’utilisation des mousses AFFF au fluor dans les plateformes offshore, veulent dans toute l’Union européenne l’interdiction progressive de la fabrication, de l’importation, du commerce et de l’usage de toutes les mousses d’extinction contenant des perfluorés, accompagnée d’un protocole de destruction des mousses périmées et de décontamination des sites pollués.

Les réticences sont nombreuses, le coût global du programme serait de 7 millions d’euros. Ce n’est pas avant l’horizon 2040 que toutes les utilisations des perfluorés seront interdites, et leurs résidus pollueront terres et mers et peut-être même la Lune et Mars pendant des siècles. Les perfluorés, mis sur le marché en 1940, c’est encore pire que les PCB, mis, eux, sur le marché en 1930. Tous les deux avaient pour vocation initiale de lutter contre le feu.


Jacky Bonnemains. Charlie Hebdo. 14/12/2022


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