Les mollahs…

… leurs despotismes religieux.

L’enjeu de ce qui se passe en Iran est non seulement de voir les Iraniens redevenir libres, mais aussi de remettre en question le rôle du religieux dans la vie publique partout dans le monde. Ce qu’ont dû supporter les Iraniens depuis l’arrivée de ces mollahs à la tête de leur pays, en 1979, est certainement difficile à imaginer pour nous qui vivons dans une démocratie pépère, où on peut s’exprimer et écrire librement, et s’habiller et se coiffer à notre guise, même si c’est parfois très moche.

Notre soutien, par le biais de ce concours, est certainement modeste, mais la somme de milliers de petits gestes donne parfois la force de faire des miracles. Et puis, cette fois, on ne pourra pas nous accuser de blasphémer – même si cela nous a toujours laissés indifférents puisque Ali Khamenei n’est pas un prophète, mais seulement un petit vieux de 83 ans qui fait chier 84 millions d’Iraniens.

De ce concours, il n’y aura rien d’exceptionnel à gagner, ni Ferrari, ni 70 vierges, ni place à la droite de Dieu, mais, plus modestement, la satisfaction d’avoir contribué à soutenir moralement ceux qui luttent, en Iran et aussi partout ailleurs dans le monde, contre l’arbitraire religieux. Accessoirement, une sélection des dessins les plus marquants sera publiée dans Charlie et sur le site.

Car ce qui se passe là-bas aura des conséquences bien au-delà des frontières du pays. Bannir la religion de l’espace public pour la cantonner à la sphère privée reste une idée extraordinairement moderne et subversive. Le printemps arabe avait pour objectif de se débarrasser des autocrates et autres présidents à vie.

Le résultat n’a pas toujours été convaincant, car si on élimine des tyrans politiques sans s’être débarrassés au préalable des tyrans religieux, on reste toujours aussi prisonnier qu’avant. Peut-être aurait-il fallu écarter d’abord les despotes religieux pour que tombent ensuite les dicta­teurs politiques?

C’est pourquoi les événements qui secouent l’Iran sont d’une importance considérable, non seulement pour ses habitants et pour beaucoup de citoyens du Moyen-Orient, mais aussi pour nous, en Europe, où nos dirigeants politiques ont parfois du mal à admettre que l’emprise du spirituel sur nos sociétés menace leur légitimité ainsi que toutes nos libertés. •


Article réalisé d’après les l’éditorial de Riss. Charlie hebdo. 14/12/2022


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