Le maître des horloges en retard

Coup de tonnerre, lundi matin, dans un ciel pas vraiment serein : Emmanuel Macron annonce un report au 10 janvier 2023 de la présentation du texte sur les retraites, laquelle était initialement prévue ce 15 décembre. Une décision, prise à l’arrache dimanche, qui apparaît comme un aveu de faiblesse et traduit l’angoisse de l’exécutif face à l’unanimité des syndicats.

C’est le ministre du Travail, Olivier Dussopt, appuyé par Elisabeth Borne, qui a finalement convaincu le chef de l’État qu’il était habile de donner encore du temps à la concertation. « Cela montrera qu’on a vraiment cherché le compromis », a-t-il plaidé, avant d’indiquer qu’il avait « topé, sans que cela se sache, sur plusieurs points avec les syndicats » et qu’il était susceptible d’avancer sur plusieurs autres très prochainement.

La CFDT, objet de toutes les attentions, serait mieux disposée, paraît-il, si de nouveaux critères étaient pris en compte dans la « pénibilité », comme le travail de nuit, le fait de devoir porter des charges et, surtout, une prise en considération de l’état de santé.

En outre, Dussopt fait le forcing auprès du patronat pour que celui-ci accepte de favoriser les emplois de seniors avec la mise en place d’un index « seniors », sur le modèle de celui de l’égalité professionnelle femmes-hommes.

Macron s’est montré très sensible à ces arguments et a manifesté une volonté de conciliation avec la CFDT peu en rapport avec les propos tenus la veille devant ses troupes. « Moi, avait-il dit, j’ai reçu un mandat qui vient directement des Français et de millions d’électeurs, alors que Laurent Berger, à son propre congrès, a été mis en minorité par 800 000 militants (sic). »

L’objectif défini est donc précis : il ne s’agit pas de convaincre la CFDT d’accepter un allongement de l’âge légal mais de lui donner des raisons de ne pas aller manifester dans la rue avec les autres syndicats.

Macron a eu ce mot final : « Il faut faire en sorte que la CFDT se dissocie un peu du front syndical. »

On appréciera le « un peu ». Faire venir « un peu » Berger, dont le syndicat est d’origine chrétienne, à la crèche, voilà un beau projet pour Noël…


Article non signé lu dans le Canard enchaîné. 14/12/2022


Une réflexion sur “Le maître des horloges en retard

  1. Pat 17/12/2022 / 12:10

    M Macron veut passer Noël tranquille. Il ne pensait pas que la France irait en finale et qu’il devrait se farcir le voyage à Doha…C’est si dur de trouver les mots !

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