Mon vieux et moi – 1

Rien n’engageait le narrateur à adopter Léo, 99 ans.

Rien ne prédestinait Léo à venir s’installer chez lui. C’est pourtant le début d’une grande aventure faite de tout et de petits riens.[…]

Léo : ni mon fils, ni mon frère, pas plus que mon père, et pourtant peu des trois à la fois. Un nomade que rien ne destinait à poursuivre son périple par chez moi.[…]

Bien entendu il faudra nous apprivoiser l’un l’autre. On m’a informé des « légers troubles cognitifs » que présente son « cas » et de la médication qui leur est appropriée. Autrement il est plutôt alerte pour un presque centenaire.

Les contraintes de l’adoption

Ils débarquent chez moi. Trois types avec « service social » inscrit sur leur cartable. Deux d’entre eux ne ne sont pas tout à fait inconnus. Je les ai déjà croisés dans un ministère ou un autre. Le troisième, plus corpulent, ne me dit rien du tout. Des gouttes de sueur se forment sur son front pendant qu’il visite mon chez-moi. Il prend l’air préoccupé de celui qui porte plus de responsabilité que ces conjoints.

Le fait que deux sur trois me soient familiers devrait me faciliter l’affaire. Incorruptibles, il m’en mettent jusque-là, des recommandations. Seulement pour la salle de bains, elle s’étale sur plus de deux pages. La documentation spécifie que cet endroit tient le rôle de pièce principale. Des supports et des rampes, il en faudra partout. Une fois les travaux terminés, ma chiotte aura des allures de base de lancement. Il y en aura pour pas mal.

Sinon, dans l’ensemble, l’endroit semble de satisfaire.

  • un dernier détail, déclare le plus enveloppé des… la chambre… elle est un peu grande.

Je répète :

  • un peu grande… ?

Alors, là, l’autre et puis tous à la fois, ils se mettent à développer :

  • les personnes âgées, en évoluant – ils ont dit ça « évoluer » – redoutent les vastes espaces… leur sentiment d’insécurité grandit et ils sont plus anxieux.

Ensuite, alors qu’on aborde le diabète et les repas, le gros, curieusement, n’ouvre plus la bouche. On me remet quelques recommandations écrites. Je retiens l’essentiel : « rien à mastiquer ».

Leur travail terminé, je signe. Ils reviendront dans 15 jours. Aucun signe d’affolement de ma part. Je ressasse les changements à apporter : « ajouter des rampes. Réduire la taille de la chambre. Acheter un nouveau malaxeur. »

  • Au fait, vous avez un animal ?

Pas de risque à prendre.

  • Bien sûr que non !
  • Il serait préférable d’en avoir un. Un chat dégriffé ferait l’affaire, ou un petit mammifère en cage.

Fin momentanée de la narration. Suite demain 14 h.


D’après Pierre Gagnon : « Mon Vieux et moi »


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