Laïcité, j’efface ton nom…

Cela commence à faire beaucoup.

D’après une étude de l’Ifop (« Les Echos », 9/12), 56 % des enseignants du secondaire public déclarent s’être déjà autocensurés afin d’éviter de possibles incidents sur les questions de religion. Un chiffre en progression de… 20 points depuis 2018.

Jules Ferry peut se retourner – une fois de plus – dans sa tombe.

Par ailleurs, 46 % des profs du public (premier et second degrés confondus) rapportent avoir déjà constaté l’absence de jeunes filles aux cours d’EPS ou de natation pour des motifs religieux, tandis que 25 % ont déjà été confrontés à un refus de donner la main à quelqu’un pour les mêmes raisons, en sport ou lors de sorties scolaires. L’avantage d’un tel geste barrière, c’est qu’il freine la circulation du Covid !

Rappelons qu’au cours du seul mois de novembre le ministère de l’Education a recensé 353 atteintes à la laïcité au sein des collèges et des lycées (publics et privés sous contrat) du pays – contre 720 en octobre. Ces chiffres sont sans doute sous-estimés, puisque, d’après l’étude Ifop, près de la moitié des enseignants admettent ne pas avoir signalé à l’administration les atteintes constatées (port de signes religieux ostensibles par des élèves, port de vêtements traditionnels larges comme une abaya ou un qamis, etc.).

Enfin, et peut-être surtout, deux ans après l’assassinat de Samuel Paty par un terroriste islamiste, 47 % des enseignants redoutent d’aborder les « motifs » de cet attentat devant leurs élèves. Et 62 % craignent même de présenter des caricatures de personnages religieux en classe.

Oui, cela commence à faire beaucoup.


Article signé des initiales C. B. Le Canard enchaîné 14/12/2022


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