Beaucoup de mousse…

… pour zéro résultat.

L’interdiction des vols entre les villes distantes de moins de deux heures trente en train, annoncée le 1er décembre par la Commission de Bruxelles, ne concernera aucune des lignes aériennes françaises.

Cette mesure, que le ministre des Transports, Clément Beaune, avait qualifiée d’« avancée majeure dans la politique de réduction des gaz à effet de serre », ne diminuera pas d’un milligramme, hélas, les émissions de CO, dans l’Hexagone.

Interrogé par « Le Canard » sur ce curieux paradoxe, le ministère des Transports est resté , coi.

Le Palmipède va donc raconter cette guignolade à sa place.

Tout commence le 17 novembre 2021, trois mois après le vote de la loi Climat et Résilience. Celle-ci met en musique les 146 mesures décidées par la Convention citoyenne sur le climat, qui s’est tenue en 2019. Sauf qu’entre-temps Macron a changé de pied. Rejetant désormais le « modèle amish » (une écologie qu’il juge punitive), il détricote en loucedé la plupart des résolutions issues de ce débat.

Mais, pour se verdir un peu, il prend quelques mesures symboliques et bien voyantes. Telle la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim. Ou l’interdiction des vols intérieurs courts, pour laquelle il faut une autorisation de la Commission européenne.

Le 7 janvier 2022, celle-ci rejette le projet de décret français, jugé disproportionné et qui entrave la concurrence. Paris revient à la charge le 9 mai 2022 Retoqué à nouveau. Puis le 21 juin 2022. Après un an de forcing, la France obtient enfin gain de cause.

Calculs de haut vol

Une victoire en trompe-l’oeil, puisque, sur les huit lignes concernées par la mesure, trois (entre Orly et Bordeaux, Nantes et Lyon) étaient déjà fermées depuis dix-huit mois quand le gouvernement a déposé sa demande à Bruxelles. Les cinq autres (entre Roissy et Bordeaux, Rennes, Nantes et Lyon, ainsi que Lyon-Marseille) échappent à l’interdiction !

La Commission, voulant offrir à Paris une victoire politique sans conséquence pratique, s’est livrée à de savants calculs prouvant que l’usage du train n’était, dans ces cinq cas, pas plus pertinent que celui de l’avion. Bilan : la mesure ne concerne plus personne.

Si elle avait été appliquée, elle aurait permis de réduire les émissions de CO, de 180 000 tonnes, soit environ 0,04 % des 440 millions de tonnes d’équivalent CO émis par la France en 2019. Mais, surtout, elle aurait fait migrer une bonne partie du 1,7 million de voyageurs de province qui viennent prendre leur vol international à Roissy vers les hubs de Genève, Bruxelles, Londres ou Francfort, pas concernés par la mesure.

La loi prévoit que, à partir de 2024, toutes les émissions de gaz à effet de serre des vols intérieurs seront compensées par des économies équivalentes.

L’interdiction des vols courts, devenus « neutres » en émissions, n’aura donc plus de justification écologique. Mais, d’ici là, on aura beaucoup parlé des efforts du gouvernement en faveur du climat. Vive l’ecologie… de façade !


Hervé Martin. Le Canard enchaîné. 07/12/2022


Une réflexion sur “Beaucoup de mousse…

  1. bernarddominik 14/12/2022 / 15:36

    Pour ceux qui en douteraient encore Macron est un fieffé menteur.

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