LR : une crise paradoxale.

Une analyse, un avis, pas une certitude bien que…

En déclin, devenu un parti de notables, le parti Les Républicains (LR) profite cependant de l’affaiblissement du pouvoir macronien pour rebondir.


« J’ai une bonne nouvelle, la droite est de retour ! » …

… affirmait Valérie Pécresse lors de son premier meeting de campagne à la Mutualité le 11 décembre 2021. Cruel rappel alors qu’à « cette » présidentielle, la droite « républicaine » LR (« la droite résiduelle » écrit, vipérin, L’Express) a échoué sous la barre des 5 %. […] Son nouveau recul à la présidentielle (le troisième échec successif à ce type de scrutin) signe une mauvaise campagne et un siphonnage par le vote utile mais pas que.

Affaiblie, minée par le doute, déconstruite par Macron, la droite est aujourd’hui durablement affectée.

Cette crise se manifeste, entre autres, par un certain éloignement du parti avec ses principaux leaders, très tentés par le macronisme (on pense à éric Woerth, Damien Abad, Nicolas Sarkozy, Jean-François Copé…). Cette « désertion » des chefs est d’autant plus importante qu’à droite le culte du leader (on aime parler chez eux d’« incarnation ») est fort.

[…]

Des difficultés sur la longue durée


La droite refuse naturellement la thèse (macronienne) des trois blocs (le centre et deux extrêmes). Et son score, aux dernières législatives, s’il marque un recul attendu, témoigne aussi d’une certaine résistance, notamment de ses sortants. […]

« Des gourous de LR font le pari que le macronisme ne survivra pas à Macron et que la question de la recomposition (et du retour) de la droite se reposera alors ».

Le problème, c’est que des gourous du macronisme font le même pari, derrière Édouard Philippe cette fois. La droite est face à un vrai défi. »

[…]

Une droitisation de la société française ?

Si la droite est en perte de vitesse, l’idée d’une droitisation de la société française est pourtant martelée depuis des années. […]

Bien sûr, certaines positions de droite sont solidement installées (individualisme, concurrence, entrepreneuriat, autorité, élitisme, sécurité, conception étroite de la République…). Et certes il faut aussi prendre en compte ici le poids (persistant) de l’extrême droite. Mais la notion de droitisation du corps social est discutable. La droite est, en fait, en difficulté sur deux de ses « mantras », fortement, majoritairement contestés dans la société : le conservatisme sociétal et le libéralisme économique.

[…] La droite reste incertaine, mal à l’aise à l’égard du féminisme notamment. Sa vision globalement réactionnaire des mœurs est aujourd’hui minoritaire ; ce qui n’exclut pas d’éventuels retournements, voir la force du mouvement contre l’avortement dans le monde, de la Pologne aux États-Unis. […]

Elle est pareillement en difficulté sur la question du libéralisme économique (libéralo-européiste) auquel elle s’est ralliée. Ce mode de gestion de la crise est largement contesté. Et les aspirations au mieux-être social, à la solidarité, le refus des inégalités, l’envie de participer sont des demandes « antilibérales » majoritaires dans l’opinion.

Le libéralisme rime aussi avec le recul de l’État et de ses institutions, alors que le logiciel de la droite proposa, longtemps, un État fort, interventionniste et un rapport direct au peuple via le référendum par exemple, qui était un élément important de la vulgate gaulliste (de Gaulle est parti sur un référendum perdu en 1969). […] Les droites ont perdu leurs repères républicains. 

LR [après les dernières législatives] perd son titre de premier groupe d’opposition à l’Assemblée et avec lui la présidence de la commission des finances et un poste de questeur. Toutefois, comme le note le politologue Jérôme Jaffré, comme il n’y a pas de majorité stable de soutien à Macron, le rôle des députés LR pourrait devenir plus important : « Paradoxe de la politique où l’échec électoral aboutit parfois à un poids politique accru. »

[…] Outre une guérilla générationnelle, ces discussions opposent un bloc qui évoque le gaullisme social, le retour au peuple, l’attention (affichée) aux plus faibles avec des gens comme Aurélien Pradié, bien réélu dans le Lot, face à un bloc plus soucieux, dit-on, des « questions régaliennes » : Laurent Wauquiez, Eric Ciotti, Nadine Morano…

Chez  Ciotti-Wauquiez […], on aime parler défense de la civilisation, racines chrétiennes, frontières, souveraineté, ordre, des thèmes assez proches de ceux d’éric Zemmour. […]

Explosion ou refondation ?
Le risque pour le parti LR, c’est qu’il cesse d’être un grand parti national pour devenir un parti de notables. […]

Eric Ciotti est sur les rangs, il considère représenter un quart du corps électoral de droite ; aux législatives, il a bénéficié d’une alliance de fait avec Zemmour, qui n’a pas présenté de candidat dans sa circonscription.

Alors, explosion ou refondation ? Les deux hypothèses les plus souvent avancées peuvent se résumer ainsi :

  • Un retour à des fondamentaux gaulliens, soit un État fort, la priorité donnée aux institutions (et au référendum), la référence à la question sociale.
  • Dans le même ordre d’idées, on parle de la reconfiguration d’une droite autoritaire (illibérale, proche du « modèle » hongrois).
  • L’union des droites ? Soit à terme une convergence LR-RN-Zemmour.

Gérard Streiff. Revue : « Cause commune » N° 30. Source (Extraits – Lecture libre en suivant le Lien)


4 réflexions sur “LR : une crise paradoxale.

  1. bernarddominik 13/12/2022 / 09:47

    LR, c’est un pari sur l’avenir du macronisme, ici en Provence, la plupart des pontes locaux de LR a rejoint Macron, souvent la ligne Édouard Philippe.
    Certains n’ont cependant pas totalement franchi le pas, car ici Macron n’a pas réussi à créer un vrai parti avec de vrais militants, et la greffe reste donc fragile, c’est sur cette fragilité que mise Ciotti qui de second couteau d’Estrosi est devenu le calife de LR.
    Un programme économique des plus flous, et le conservatisme en politique.
    Ici la gauche a démissionné et ce choix poussant à l’abstention, laisse un boulevard au RN car les absents ont toujours tort.

  2. BLIN ROBERT 13/12/2022 / 11:11

    Effectivement, cette analyse est intéressante. Mais, pour une partie de la population en mode survie, ces supputations ne se posent pas. Les fins de mois s’accommodent mal avec les réflexions des intellectuels quel qu’en soit le niveau d’influence dans la société ! De plus, la crédibilité de toutes ces structures délibératives ou non est très faible.

  3. Pat 13/12/2022 / 11:22

    Pour moi, la seule droite aujourd’hui c’est Macron et tous les autres sont à mettre dans le même panier de provocateurs, antisociaux et qui n’ont même pas à présenter une figure sérieuse et charismatique face aux défis du monde. Même l’Europe, si on veut la faire, il faut une vraie solidarité que leur égo démesuré est incapable de réaliser.

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