L’encre noire

J’allais écrire dans l’ombre toute ma poésie
Mais avec de l’encre noire, c’était préférable.
Car je ne voulais pas trahir mon ombre.
Sinon, il allait me réduire toute l’énergie.
Je trempais ma plume devant ma bougie…
Celle-ci me rappelait notre voyage ensoleillé
De couple… si amoureux, le désert de sable.
Cette forme du feu le danseur me dégelait.
Ma plume ne tenait pas longtemps de l’encre
Pour tracer ma poésie sur ma feuille incolore.
Je la trempai à nouveau et j’oubliai la lumière
Je fis tomber le pot d’encre et… ma longue bougie !
L’encre, l’encre, l’encre… tout fit perdre l’ancre noire
Pour chavirer la lumière dans la mer de la nuit !
Le bateau de mon coeur se perdit dans l’ombre…
L’encre noire envahit… le jour, les étoiles, même la nuit !
Mes mains furent crispées et tout à coup vieillies…
Commères, elles racontèrent toute cette histoire noire…
Même mes yeux sombrèrent… dans tout l’espace noir.
L’arbre massif fana avec ses branches sèches et noires…
Les douces herbes nous étaient chères, sèches et noires…
La rivière éblouissante de la couleur… plus douce et noire.
Tout mon corps dont je le rappelai, convoqua une lueur…
Celle de la lune, la fée de toutes les formes les plus secrètes.
Cette poudre de la timide lueur scintillait et descendait.
Devant mes yeux, sur un sol, elle cerna la forme d’un corps…
Sans énergie et sans vie… Rien à pouvoir faire, je me plantais.
La lueur de mon corps et de la lune versait la même goutte…
Une larme de l’abandon. On embrasse notre long souffle,
Pour qu’il fut donné plus qu’une couverture blanche.
Tout fut descendu jusqu’au sol où le cadavre l’attendait.

Tout le tissu blanc se filtra dans ce cadavre… et son coeur…
Ce coeur s’éclata du sang… le rouge envahit toute la blancheur…
Le blanc envahit le noir… Les étoiles réapparurent…
Souriante, la lune s’en allait. L’aube et le jour reconquirent.
L’arbre massif revint à lui avec ses branches plus tendres
Les douces herbes dansèrent avec leur long visage.
La rivière brisa son silence pour chanter de la couleur
Le sang sécha et disparut dans le lit des roses rouges
Et ce corps… où était-il ?? Naturellement disparait-il?
Vers le soleil levant, la forme noire de ce corps parcourait.


Mathilde Chabbey


2 réflexions sur “L’encre noire

  1. Pat 10/12/2022 / 18:34

    Le cycle de la vie, des jours, des nuits, des saisons…en corps de mots bien alignés.

  2. Libres jugements 10/12/2022 / 23:46

    Ce poème m’a particulièrement « touché » raison de ma selection

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