Délicate reconnaissance.

Le Bundestag a voté, le 1ᵉʳ décembre, la reconnaissance du génocide commis par Staline en 1932-1933 en Ukraine, où la collectivisation forcée avait provoqué une famine monstre, responsable de 3,5 à 5 millions de morts.

« Holomodor », en ukrainien : une « extermination par la faim », délibérée, ciblant la paysannerie ukrainienne, puisque le régime prélevait les récoltes, traquait le moindre sac de grains et que des détachements spéciaux encerclaient les villages…

« La mort par la faim avait pour objectif de réprimer politiquement l’identité, la langue et la culture ukrainiennes. Les parallèles avec aujourd’hui sont évidents. A nouveau, un dictateur, depuis le Kremlin, cherche à asservir et à anéantir l’Ukraine », a expliqué à la tribune le député écologiste Robin Wagener.

Il n’est pas le seul à établir ce « parallèle » très politique, depuis que Poutine a menacé les récoltes cet été et qu’il fait désormais bombarder les infrastructures énergétiques…

L’Allemagne rejoint ainsi la vingtaine de pays ayant reconnu ce génocide, après les États-Unis, le Canada, l’Italie, l’Espagne, le Portugal ou la Pologne…

Et la France, alors, pays des droits de l’homme et du devoir de mémoire ?

Anne Genetet, députée Renaissance des Français de l’étranger, dont la circonscription englobe la Russie et l’Ukraine, a déposé une proposition de loi, le 25 novembre 2022. Pour reconnaître un « crime contre l’humanité » mais pas un « génocide », en arguant, avec certains spécialistes, que la politique soviétique visait la paysannerie — « une situation sociale » —, et non les Ukrainiens, un « groupe ethnique ».

Un « faux débat »pour le grand historien des famines en URSS Nicolas Werth (FranceInfo, 26/11) : « Staline visait-il les Ukrainiens en tant qu’Ukrainiens ou en tant que paysans révoltés ? », peu importe, le distinguo n’a rien changé au résultat.

L’historienne Galia Ackerman précise (« L’Express », 4/12) : « Il existe des lettres échangées entre les hauts dignitaires soviétiques et Staline lui-même où il est écrit que, pour tenir l’Ukraine sous le joug de Moscou, l’extermination de ses habitants est nécessaire. »

En attendant que les députés français tranchent, l’Ukraine peut bien continuer de commémorer chaque 26 novembre ce génocide reconnu dès 2006 et inscrit au cœur de son histoire…


Article signé des initiales D. F. Le Canard enchaîné. 07/12/2022


Une réflexion sur “Délicate reconnaissance.

  1. bernarddominik 10/12/2022 / 22:42

    Un crime contre l’humanité

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