Réforme retraite…

Beaucoup de ministres appuient sur le freins… redoutant les réactions populaires

Ce n’est pas encore la panique, mais déjà une bonne frousse qui gagne le gouvernement, alors qu’Elisabeth Borne doit présenter, très officiellement, sa réforme des retraites le 15 décembre 2022.

Et l’annonce, lundi, par l’ensemble des syndicats de journées d’action en janvier, si le report de l’âge légal est confirmé, ne prédispose pas à rassurer les ministres, debout sur les freins.

Ainsi, la réunion gouvernementale du 2 décembre 2022 à Matignon a-t-elle tourné à une défense prudente des intérêts catégoriels : chaque ministre ou presque s’est transformé en syndicaliste qui défend ses troupes et veut éviter les emmerdes dans son secteur.

  • Eric Dupond-Moretti a insisté, par exemple, pour que surveillants pénitentiaires et policiers continuent d’être traités de la même façon (possibilité de départ anticipé à 52 ans après vingt-sept ans d’ancienneté), histoire d’éviter « des tensions ».
  • Jean-François Carenco a, lui aussi, plaidé pour sa paroisse : il a demandé une forte revalorisation des petites pensions outre-mer.
  • Ministre de la Fonction publique, Stanislas Guérini a rassuré ses collègues en leur indiquant que les pensions de retraite des fonctionnaires continueraient d’être calculées sur les six derniers mois, et non sur les 25 meilleures années comme dans le privé — et comme l’envisageait la réforme avortée de 2019.
  • « Un soulagement», a salué Pap Ndiaye, qui craignait que les profs ne dressent des barricades.
  • Quant à la secrétaire d’État à la Jeunesse, Sarah El Haïry, elle a carrément gâché l’ambiance en soulevant un problème qu’elle a jugé capital. Redoutant la mobilisation des lycéens et des étudiants, elle a demandé que les jobs d’été soient « sortis du calcul de l’éligibilité aux carrières longues » mais maintenus « dans le calcul total de la retraite ».
  • Pour répondre à ces angoisses ministérielles et, partant, à celles des Français, le ministre du Travail, Olivier Dussopt, a égrené quelques éléments de langage.

Il a conseillé à ses collègues de rappeler que cette réforme relevait d’ « un engagement » du candidat Macron, d’insister sur les déficits qui sont annoncés par le Conseil d’orientation des retraites et de mettre en valeur les aspects sociaux (prise en compte de la pénibilité, revalorisation des petites pensions, emplois seniors…).

  • Elisabeth Borne leur a aussi dévoilé le document qui sera distribué, la semaine prochaine, aux partenaires sociaux. Une sorte de « Réforme des retraites pour les nuls », où il est exposé ce que « la réforme fera» mais aussi ce qu’elle « ne fera pas », histoire de rassurer.

Par exemple, « la fermeture des régimes spéciaux ne concernera pas les agents en poste aujourd’hui ». C’est la fameuse « clause du grand-père », destinée à désamorcer les grèves dans les transports publics ou à EDF. Mais qui n’empêche pas les ministres de redouter un hiver chaud, au moins dans la rue.


Article non signé lu dans le Canard enchaîné du 07/12/2022


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