Marine Tondelier

Va falloir s’habituer à son dialogue mollasson à l’identique souvent usité chez les écolos

Depuis treize ans chez les Verts, et toujours du bon côté du manche, celle qui sera élue samedi à la tête du parti mène une carrière durable.

C’est la victoire de la bonne copine, de la girl next door, toujours gaie, enthousiaste, efficace. Près de 47 % des suffrages exprimés au premier tour du congrès des écolos, rien à dire, c’est du travail de pro.

Quelle bonne idée de s’être proposée pour organiser, des années durant, les journées d’été du parti, un moment studieux et festif, bourré de journalistes. Lors de ces événements, elle était la petite souris au service des Verts, se faisant connaître sans en avoir l’air, se faisant mousser avec modestie — tant mieux si j’ai pu aider, je suis là pour ça.

Ainsi a cheminé Marine Tondelier, treize ans au parti, un record, toujours du côté de la direction, proche de Cécile Duflot, puis de ses successeurs David Corrnand et Julien Bayou.

Un seul petit faux pas, de débutante, il est vrai : elle soutient Nicolas Hulot et non Eva Joly lors de la primaire écolo en 2011, contre l’avis de Duflot. Mais elle se reprend vite. « Elle était très enthousiaste pour soutenir Nicolas, très anti-Eva Joly, comme nous tous. Mais, deux mois plus tard, voilà que je la croise en train de distribuer des pin’s d’Eva Joly, tout aussi enthousiaste ! » rigole un proche de Hulot.

On ne l’y reprendra plus : la majorité, c’est son truc. Elle a été porte-parole de Yannick Jadot l’année dernière, on a pu voir à cette occasion qu’elle s’exprimait bien, avec le même phrasé que son ex-patronne. « C’est comme dans un concours hippique, Tondelier n’a buté sur aucun obstacle, sa victoire est logique », raconte un ancien ministre écolo.

Son ascension doit aussi beaucoup à son ancrage à Hénin-Beaumont, où elle n’a cessé de médiatiser son combat contre le maire, Steeve Briois, et, bien sûr, contre Marine Le Pen, députée de la circonscription. Elle est moins loquace sur ses scores aux élections : 1,63 % aux législatives de 2012, 6,50 % aux cantonales de 2015, 18,22 % aux municipales de 2020, avec un RN à 74 %.

A cette allure-là, il va falloir un bon quart de siècle pour bouter l’hydre fasciste hors de ses terres nordistes. « Hénin-Beaumont, c’est sa vitrine. Elle ne s’est pas impliquée tant que ça contre le RN, dont la puissance l’arrange, d’une certaine manière. Ça lui permet de crier au loup », dit un écolo du Nord.

Un autre va plus loin : « Elle est la garantie de la permanence du RN à Hénin-Beaumont. Elle a autant besoin d’eux qu’eux d’elle. »

Les maires des grandes villes, les parlementaires et les conseillers régionaux, une puissance importante dans l’appareil, se sont mobilisés pour elle. Les élections approchent, ça suffit les gamineries. « Rousseau a foutu le bordel avec ses prises de position de dingue, ça peut nous coûter cher. Il nous faut de la stabilité, du calme. Tondelier a été portée au pouvoir par le noyau dur, les duflotistes, ce qu’il reste des voynetistes, les anciens artisans de l’accord passé autrefois avec Aubry et les grands élus », raconte un conseiller régional écolo.

Tondelier a parfaitement compris ce que l’appareil attend d’elle : une posture de radicalité molle, qu’elle incarne bien, en oscillant d’une ligne où elle montre ses muscles, « Je n’aspire pas à une écologie de respectabilité mais de rupture totale », à une autre, bien plus apaisée, « Nous avons trop souffert des individualismes, de la recherche de la petite phrase et de la polémique qui permet à une personne de passer le mur du son pendant que le collectif va dans le mur ». Sandrine, si tu m’entends…

Reste à savoir si Tondelier a les moyens de faire taire Rousseau, soutien d’une motion qui a obtenu péniblement 13,5 %, car les écolos rencontrent une difficulté de fond avec la légitimité.

« Je rappelle que Jadot, clairement investi par les militants pour la présidentielle, s’est fait traiter de crevure, et que personne n’est monté au créneau pour le défendre !» se souvient, un eurodéputé écologiste.

Pas évident de taper du poing sur la table dans un parti qui sur-valorise les minoritaires. « Chez les écolos, plus tu es petit, plus tu hurles que tu es bâillonné, que la direction est impérialiste, pourquoi pas fasciste, et plus on t’écoute. Ça n’existe nulle part ailleurs », raconte un écolo historique qui a quitté le parti.

Les militants les plus radicaux, souvent proches de LFI, ne sont pas prêts à soutenir une direction pourtant élue et exercent une forte pression morale et intellectuelle. « Ils vont exiger des postes, dans l’appareil, aux européennes. Bon courage ! » prédit un parlementaire.

Rousseau a déjà commencé à saper la légitimité de Tondelier en dénonçant un parti « verrouillé ». Tondelier, la bonne copine, n’a pas l’air de s’en émouvoir outre mesure. Durer, elle sait faire. Avec placidité, elle a intitulé sa motion « La Suite ».


Anne-Sophie Mercier. Le Canard enchaîné. 07/12/2022


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