The Business…

… et rififi à Courchevel !

A courchevel (Savoie), un grand froid est en train de s’installer autour du business de l’immobilier de luxe. Le dernier séminaire des élus municipaux, partis en goguette à Megève, s’est révélé agité. Il s’est soldé par une main courante, déposée le 7 novembre 2022 chez les pandores.

A l’origine : Isabelle Monsenego, avocate et conseillère d’opposition qui enquiquine beaucoup le nouveau maire (sans étiquette), Jean-Yves Pachod. Cette élue ale tort de ferrailler contre le bétonnage de la plus chic des stations de ski par des oligarques russes et de richissimes français comme Stéphane Courbit. Lequel doit prochainement se retrouver devant la justice pour avoir fait sortir de terre trois chalets de milliardaire plus vite qu’il n’obtenait leur permis de construire (« Le Canard », 5/10).

Lors du séminaire de Megève, Isabelle Monsenego s’est vu conseiller par l’édile de Courchevel de « déménager ». Une intimidation que l’avenant Pachod décrypte pour « Le Canard » : « Je ne l’ai pas menacée, je lui ai dit que, moi, quand je ne suis pas bien quelque part, je m’en vais. »

Et d’ajouter une autre jolie formule : « Un maire doit rester calme. Mais, même en restant calme, parfois, on est un peu énervé. » Ce sont des choses qui arrivent…

Si le maire de Courchevel est « énervé », ce serait parce que « les projets contestés par l’opposition n’avancent pas, alors qu’on a besoin de rentrées d’argent ». A moins que son courroux ne fasse suite à une longue lettre de son opposante préférée datée du 2 septembre 2022.

Elle y pointe la situation délicate de l’adjoint à l’urbanisme, Jean-François Chedal. Cet élu est lié à une entreprise de charpente et de menuiserie qui porte son nom, le groupe Chedal, détenu par son fiston et dans lequel il possédait encore pas mal de parts (il n’a cédé les dernières qu’en février 2022) il y a un an.

Problème : pendant qu’en mairie le père mettait de l’huile dans les procédures de certains chantiers, le fils posait illico les poutres et fignolait les boiseries.

Entre 2020 et 2022, un homme d’affaires russe, bâtisseur d’un chalet-immeuble de luxe, le Lys Martagon, a fait appel au groupe Chedal. A la fin du chantier, il a dû repasser par la case « permis modificatif » pour achever sa construction, qui avait légèrement débordé.

Pas de souci : Chedal fils avait fini la charpente et Chedal père a oublié de verbaliser, recevant ensuite l’architecte du propriétaire pour régulariser.

Même histoire avec les travaux de l’hôtel « Les Ducs de Savoie », propriété du fondateur de « Grand Frais », Denis Dumont. En mars de cette année, l’élu à l’urbanisme Chedal lançait la cession d’une bande de terrain communal et modifiait le plan local d’urbanisme pour permettre plusieurs extensions (terrasses, restaurant, accès skieurs), alors que le groupe familial Chedal était au coeur du chantier.

Pour un autre projet, la rénovation de la résidence « Domaine de l’Ariondaz », papa présidait la commission d’urbanisme délivrant les autorisations, et fifils, lui, se préparait à monter sur les toits. Forcément, la situation a un peu énervé l’opposition… qui a fini par énerver le pauvre maire : « Moi, j’ai toujours suivi la commission d’urbanisme. Nous sommes dix, et Mme Monsenego y siège aussi. Tout part ensuite à la préfecture. Si des choses n’allaient pas, il y a longtemps que j’aurais été rappelé à l’ordre ! »

Un autre de ses adjoints, Claude Pinturault, le père du slalomeur Alexis, se fait aussi secouer pour raisons familiales. Depuis que son fiston a remporté son premier championnat du monde junior, en 2009, il gère, comme directeur délégué, sa société de droits à l’image, Alexski.

Seulement voilà : en juin 2020, Claude Pinturault est aussi devenu adjoint municipal et président de l’office de tourisme de Courchevel. Lequel passe, tous les trois ans, via Alexski, une convention de sponsoring avec Alexis Pinturault, en fonction de ses résultats (moins de 40 000 euros cette année, 70 000 euros les deux années précédentes).

« Je n’ai fait que ratifier une décision de la majorité précédente », explique son paternel, minimisant son grand écart : « Je me suis effectivement retrouvé à signer, côté Alexski, comme directeur délégué. Mais, côté municipal, c’est la directrice de l’office de tourisme qui a paraphé. »

Le slalom dans la peau !


Christophe Nobili. Le Canard enchaîné. 30/11/2022


Une réflexion sur “The Business…

  1. bernarddominik 08/12/2022 / 17:16

    Ça continue

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