Ils sont « eveillants » !

Les albums dédiés à la jeunesse sont nécessaires pour leur forger esprit et conscience.

Entretien avec l’éditeur et auteur Christian Bruel

[…]

  • Pourquoi ce peu d’intérêt pour la littérature jeunesse ?

[…] l’enfance est un lieu conflictuel, à la fois méprisé, ignoré, et en même temps très surveillé. L’enfance est un nœud.

  • C’est-à-dire ?

On parle d’un terrain mouvant et miné : le transgénérationnel. La littérature jeunesse pose la question cruciale de la transmission. Que produit-on, quand on fabrique un livre jeunesse :

– Du consentement, l’idée d’une existence du réel qu’il faut accepter tel quel ?

– Ou bien conduit-on les enfants vers ce qui pourrait devenir une émancipation ?

– Y a-t-il moyen de les aider à se repaître des livres, à y trouver du plaisir, mais aussi à prendre une petite distance ?

– Etre dans l’adhésion sympathique, de la vigilance par rapport à ce qu’on leur raconte ?

  • Comment forger ce regard critique ?

Il est très important de montrer aux enfants des livres qui incarnent une résistance idéologique ou artistique, et qui sortent de la littérature de marché. Mais, au risque de paraître provocateur, j’ajouterais qu’intoxiquer les mômes en les gavant uniquement de chefs-d’œuvre n’est pas la meilleure idée.

Sans crier « Vive la médiocrité !  », il faut savoir aussi aborder les enfants avec des livres qu’ils aiment et qu’on n’aime pas. Leur dire : « Je n’ai pas la vérité éternelle, mais moi, adulte, voilà pourquoi ce livre-là ne me plaît pas. »

« On ne forme pas les enfants à se forger des opinions. Pourtant, le mot ‘politique’, au sens de ‘manière d’être au monde ensemble’, les concerne au premier chef ».

  • L’école est-elle le lieu pour cela ?

Je crois beaucoup à la nécessité d’un enseignement littéraire de qualité, qui conduise à être capable d’interpréter, de discuter, de comparer, d’actualiser. […] Toutefois, il y a dans la lecture quelque chose de l’ordre de l’intime, qui n’est pas du ressort de l’école. Un enseignant ne peut pas se mêler de la manière dont un enfant va « faire son miel ».

Cette façon mystérieuse, secrète, dont il va s’emparer d’un tout petit passage de bouquin, même éventuellement mal compris, pour l’intégrer à son vécu personnel. […]

L’idéal serait de créer des communautés d’enfants, à partir de journaux de classes, à partir de groupes de discussion en ligne.

[…]


Marine Landrot Télérama. Source (extraits)


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