Nouvelle COP 15…

… en ce décembre 2022 au Canada. Pourquoi, pour qui ?

C’est parti pour la quinzième COP, qui se tiendra jusqu’au 19 décembre, à Montréal. La main sur le cœur, les congressistes vont voter l’urgente nécessité d’enrayer le déclin du vivant. Et pourtant…

J’étais à celle de Rio, en 1992, qui plaidait déjà une prise de conscience. J’ai aussi assisté à bien d’autres COP, y compris en 2020, à Nagoya, alors que les États s’étaient engagés à stopper la perte de la biodiversité. Il ne s’agissait même plus de valoriser une résilience, mais d’en finir avec le déclin.

Honteux, les États ont dû admettre leur échec, l’hémorragie se poursuivait. Prudents, ils ont opté pour une ambition plus mesurée, il s’agissait désormais de tout mettre en œuvre pour que… etc.

Montréal pourrait être l’occasion d’une véritable reconnaissance du problème, mais est-ce bien nécessaire ? En réalité, la lucidité de la dégradation est acquise par tous, c’est la réactivité qui fait défaut. Quel que soit le secteur, la paupérisation du vivant se vérifie. L’UICN (l’Union internationale pour la conservation de la nature) constate que 41 % des amphibiens, 13 % des oiseaux et 27 % des mammifères sont menacés au niveau mondial. C’est également le cas pour 37 % des requins, 33 % des coraux ou 34 % des conifères.

Rien de très nouveau dans ce bilan pathétique. Dès lors, on peut se demander pourquoi des efforts sensibles sont engagés pour le climat alors que l’agonie de la biodiversité semble laisser indifférent.

Peut-être parce que les effets du changement climatique sont visibles par tous. Plus personne n’échappe au douloureux spectacle des tempêtes, des sécheresses ou de la montée des eaux. De plus, face au constat, le citoyen, la collectivité ou l’entreprise peuvent agir, chacun à sa mesure. Le covoiturage, l’économie, l’énergie ou l’isolation thermique sont des réponses pragmatiques à la situation.

Pour la biodiversité, il en va tout autrement. Quand bien même on arriverait à identifier la disparition des espèces, nous n’en mesurons pas les effets sur notre quotidien. […] Au fond, la seule question comprise par tous est : « De quelle manière telle ou telle espèce peut-elle nous être utile ? » Si les bénéfices pour l’homme ne sont pas avérés, l’espèce perd non seulement de sa valeur mais pire, de son intérêt.

Dans le contexte de crise mondiale que connaît l’humanité, la notion d’éthique s’efface devant d’autres urgences. Sauver le vivant par simple devoir, parce que nous sommes dominants et qu’il est fragile, relève d’une improbable doctrine.

[…]


Allain Bougrain-Dubourg. Charlie Hebdo Web. Source (extraits)


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