Braderie d’Etat…

… solde de mobilier Louis XVI

D’une valeur estimée entre 300 000 et 500 000 euros par plusieurs spécialistes, 20 sièges Louis XVI (signés Jean-Baptiste Claude Sené, l’un des plus grands menuisiers de l’époque) ont été mis en vente par l’Etat pour 170 euros et adjugés 6 240 euros ! C’est l’exploit réalisé par l’administration de France Domaine et le ministère de l’Agriculture lors de la vente aux enchères d’une partie du mobilier du superbe château de Grignon (Yvelines).

Après avoir évincé du domaine les élèves et les enseignants d’AgroParisTech (une grande école publique spécialisée dans l’agronomie), l’Etat a entrepris de tout vendre. Le bâtiment devait ainsi être cédé à un promoteur privé, mais l’opération a échoué, en raison de l’opposition farouche de la population locale.

En revanche, la mise à l’encan du mobilier a été organisée sans tambour ni trompette, et une première vente en ligne a eu lieu discrétos, en juin dernier, sous l’égide de France Domaine. Avec l’impossibilité de voir les objets si ce n’est sur des photos de mauvaise qualité…

Cette grande braderie a été découverte six mois plus tard quand l’association Sites & Monuments a constaté que certains meubles venus de Grignon étaient proposés à la revente par leurs nouveaux acquéreurs. Ainsi, le 8 novembre, une console en bois doré datant de 1780 est partie à Drouot pour 13 000 euros. En juin, France Domaine avait présenté la même oeuvre comme une simple copie « de style » et l’avait mise à prix… 40 euros !

Quelques acheteurs ont pourtant eu le nez creux (ou ont été mis au parfum par Dieu sait qui) et se sont disputé la console. Celle-ci a ainsi été adjugée 2 250 euros… avant d’être revendue six fois plus cher en novembre. Quant aux 20 sièges signés Sené (soit 2 bergères, 4 fauteuils à la reine, 10 fauteuils cabriolets et 3 chaises) et bradés à 6 240 euros, une bonne partie d’entre eux ont été exportés fissa à Londres par leur heureux acquéreur…

Le ministère aurait pu s’éviter cette belle boulette s’il avait tout simplement respecté les textes. Un décret de 1980 oblige en effet les administrations de l’Etat (et les établissements publics qui en dépendent) à aviser la Direction du Mobilier national quand elle envisage de se débarrasser d’« objets mobiliers de toute nature ».

 Il s’agit de vérifier si tel ou tel meuble ou bibelot « présente un intérêt d’histoire ou d’art » suffisant pour être conservé dans les collections publiques.

L’Agriculture n’a pas pris la peine de se plier à cette procédure. C’est d’autant plus ballot que les sièges de Sené et la console présentaient un vrai pedigree historique : réalisés vers 1780, ils ont appartenu au maréchal d’Empire Jean-Baptiste Bessières avant de rejoindre les collections royales sous Charles X. Et d’être soldés sous le règne d’Emmanuel Ier…


Article signé des initiales H. L. Le Canard enchaîné. 30/11/2022


2 réflexions sur “Braderie d’Etat…

  1. bernarddominik 07/12/2022 / 17:25

    Une catastrophe

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