Blanc comme une endive

La France risque de perdre son titre de championne mondiale des endives. La faute à Poutine.

Depuis l’invasion de l’Ukraine et la flambée des prix de l’électricité, les grosses endiveries tricolores menacent de mettre la clé sous la porte.

On le sait peu, mais la quasi-totalité des endives présentes sur les étals sont industrielles. Plus fort encore, 50 méga-endiveries, employant chacune entre 30 et 50 salariés, fournissent à elles seules les trois quarts de la production annuelle, qui est de 150 000 tonnes. Or ces mastodontes sont des gouffres énergétiques. Pour produire 1 tonne d’endives industrielles, comptez 590 kilowattheures. En clair, une endiverie géante qui tourne à 3 000 tonnes par an flirte avec les 2 millions de kilowattheures annuels.

L’Etat a bien prévu un coup de pouce pour les agriculteurs et les éleveurs les plus énergivores, mais cela reste insuffisant pour couvrir les dépenses astronomiques en électricité des endiveries qui font plus de 400 tonnes par an.

Au fait, pourquoi a-t-on besoin d’autant de kilowattheures pour faire pousser une endive ? Pour en vendre toute l’année. Sitôt récoltées, en automne par d’immenses arracheuses, les racines d’endives peuvent rester jusqu’à huit mois dans de gigantesques frigos, qui consomment un maximum d’electricité.

En fonction de la demande, l’endivier prélève ensuite les racines dans les frigos, pour les placer en chambre de forçage. Elles y passent trois semaines dans le noir, immergées dans un liquide nutritif maintenu à 20 °C. Comptez 6 000 litres d’eau par tonne de chicons, l’autre nom des endives.

Bref, le troisième légume le plus consommé en France est un cauchemar environnemental : énergivore, boit-sans-soif et, en prime, accro aux pesticides. Les graines d’endives semées au printemps ne supportent pas les mauvaises herbes, il leur faut un champ récuré comme un sous neuf. Et 20 % des chicons cultivés en France sont issus de graines bricolées par fusion cellulaire entre un tournesol et une chicorée afin de bien résister aux arrosages d’herbicides.

Des semences qui, comme 80 % des variétés d’endives, ont été savamment mises ou point par le français Limagrain-Vilmorin, quatrième semencier mondial, avec 1,9 milliard d’euros de chiffre d’affaires.

Et que dire de la consommation de plastique ? La plupart des chicons sont en effet emballés dans du polypropylène anti-UV pour garder leur blancheur le plus longtemps possible.

Fais pas ta tête d’endive !


Article lu dans « Le Canard enchaîné ». 30/11/2022


Une réflexion sur “Blanc comme une endive

  1. Sigmund Van Roll 07/12/2022 / 19:20

    Si notre gouvernement se laisse faire comme une petite marionnette depuis neuf mois , nous sortirons jamais de l’auberge. Je suis désolé d’être aussi catégorique, mais la vraie réalité de notre exécutif est nous museler par des articles 49/3 pour faire passer des lois les plus impopulaires et les plus ségrégationnistes à l’égard du troisième âge . Je vomis 🤮

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