« Quantique » mot à la mode !

Les escrocs en profitent pour le mettre à toutes les sauces…

Non seulement chez les physiciens et les politiciens, mais également chez les charlatans. À l’heure où j’écris, si je tape « ordinateur quantique » dans Google, j’obtiens 1 570 000 occurrences.

Et si je tape « médecine quantique », j’en atteins 1 840 000. Les premiers mots-clés représentent une discipline sérieuse; tes seconds, un fatras pseudo-scientifique totalement délirant. Et pourtant, sur le Web du moins, l’audience des charlatans dépasse celle des savants.

Sur les sites des premiers, c’est toujours le même vieux jargon des marchands de bonheur, auquel est simplement ajouté le mot « quantique ». Exemple : « La thérapie quantique reconnaît l’interdépendance fondamentale entre le corps et l’esprit à tous les stades de la vie en considérant la dimension spirituelle » (harmonisationquantique.com).

Parler de corps et d’esprit, ça marche toujours, néanmoins on ne voit pas ce qu’il y a de quantique là-dedans. Ailleurs (quantapraticiens. com), on nous explique que « (Le thérapeute quantique] se connecte d’abord dans le champ quantique. Puis exprime son intention de manifester une nouvelle réalité quantique plus harmonieuse pour la personne soignée ».

Du moment qu’on se « connecte » et que c’est « harmonieux », ça ne peut pas faire de mal, surtout si « quantique » rime avec « fric ».

Guérir, c’est forcément changer d’état, et là aussi, le quantique a un bon potentiel marketing. Ce qui donne, en langage d’escroc : « Le saut quantique est la capacité de changer de conscience afin d’atteindre les dimensions souhaitées de son être » (spiritualite.com). Bon, j’arrête là le recensement, ça me donne la migraine.

Précisons à ceux qui seraient tentés par ces théories fumeuses qu’un être vivant ne peut absolument pas être quantique. Bien que nous soyons formés de particules qui répondent aux lois quantiques, ces lois disparaissent à notre échelle (c’est pour ça que l’on ne peut pas être mort et vivant à la fois).

Certes, les physiciens n’ont pas le monopole des mots. Rien n’empêche d’utiliser« quantique » dans un but métaphorique. À condition d’en connaître les limites et de l’employer à bon escient, ce qui n’est pas le cas des autoproclamés « thérapeutes quantiques ».

En vérité, c’est toujours le même pillage sémantique cher aux pseudo-sciences, qui consiste à s’approprier des termes scientifiques (énergies, ondes, magnétisme…) en les dépouillant de leur sens, pour se donner des gages de sérieux et de modernité, alors que ces prétendus thérapeutes ne font que taper sur des gongs tibétains, manipuler de vulgaires cailloux ou se livrer à des impositions des mains comme leurs ancêtres du néolithique.

Le mot « quantique » a quelque chose de plus : il renvoie à un univers qui échappe au sens commun. Ces escrocs cultivent le mystère d’un concept qui fait d’autant plus fantasmer que l’on ne le comprend pas. Ils voudraient nous faire croire que c’est parce qu’ils sont quantiques que leurs pouvoirs de guérison échappent à toute explication. Alors que c’est juste parce qu’ils sont faux.

Leur vide, lui, n’a rien de quantique, il relèverait plutôt des abysses.


Antonio Fischetti. Charlie Hebdo. 30/11/2022


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