Bien profond !

… aveuglés de certitude, ils n’ont pas vu le coup venir...

Les écolos et les croisés du 1,5 °C, à force de nager avec les requins de la politique (une espèce qui ne sera jamais au bord de l’extinction), ont décroché le gros lot.

Ils espéraient des miettes du festin et acceptaient volontiers des portefeuilles et des vice-présidences dans des institutions parisiennes, provinciales et européennes. Mais, de COP en COP, en surfant avec le vent et en se pavanant dans le paradis de la décarbonation, ils n’ont pas vu, sauf exceptions, que l’industrie posait ses [p]ions sur l’échiquier et ils ont été gobés par leurs alliés de circonstance.

Le nucléaire fait un retour triomphal en mer.

Naval Group est fier de contribuer, avec le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et EDF, à Nuward, projet commun d’un petit réacteur modulaire, et voit dans cette coopération des synergies avec son cœur de métier.

Naval Group souhaite que la propulsion nucléaire saute des sous-marins militaires aux navires de commerce, et se réjouit que TechnicAtome, constructeur de réacteurs compacts, soit associé à Nuward, qui a été porté sur les fonts baptismaux du bas carbone à Vienne en 2019, au siège de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Le groupe norvégien Ulstein a annoncé au Seatrade Cruise de Miami (Floride) sa coopération avec la Norwegian University of Science and Technology (NTNU), en vue de construire un paquebot à propulsion nucléaire. Le miniréacteur fonctionnera au thorium. Le paquebot s’appellera Thor.

Le géant coréen de la construction navale Samsung Heavy Industries (SHI) a signé un partenariat avec le Korea Atomic Energy Research Institute (Kaeri). « Le cycle du combustible nucléaire dépassera la vingtaine d’années, ce qui correspond au cycle de vie des navires. Il n’y aura pas besoin de recharger le réacteur en cours d’exploitation », se réjouit Jin-Taek Jung, le P-DG de SHI. Le réacteur sera démonté en même temps que le navire sera démoli.

Le nucléaire revient également en force dans la presse.

Nous sommes retournés aux années de plomb de Giscard d’Estaing. La presse économique et quotidienne était alors favorable au nucléaire et, après les affolements de Tchernobyl et de Fukushima et malgré les coups de semonce de Zaporijjia, elle revient dare-dare à ses sources, à son émerveillement et à sa nostalgie.

Reuters, via sa filiale Reuters Events, est le porte-parole de l’ère nouvelle du sans-carbone. Inscrivez-vous dès maintenant à l’événement des 4 et 5 mai 2023 à Atlanta (États-Unis) qui déroulera tous les charmes du nouveau marché. « L’aube du nouveau nucléaire est arrivée, êtes-vous prêts à découvrir son potentiel ? »

Le nucléaire revient enfin en force à terre.

En Thaïlande, le 19 novembre 2022, à l’occasion du sommet de la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (Apec), Kamala Harris, la vice-présidente des États-Unis, a rappelé l’engagement de son pays «à promouvoir une énergie propre avec les partenaires privés et les philanthropes. Les USA vont aider la Thaïlande à développer une énergie nucléaire basée sur une nouvelle catégorie de petits réacteurs».

Grâce au plan France 2030 lancé par le président de la République le 12 octobre 2021,1 milliard d’euros vont ruisseler sur les petits réacteurs modulaires qui, dit-il, sont « beaucoup plus sûrs ». Sous-entendu beaucoup plus sûrs que les six EPR dont il veut poser la première pierre avant mai 2027 grâce à une loi d’accélération sur le nucléaire concoctée par Agnès Pannier-Runacher, sa copilote dans le rallye des neutrons.

Bonne nouvelle, l’Afrique veut, elle aussi, contribuer au zéro carbone planétaire. Rosatom va livrer une centrale clés en main à l’Égypte. Le premier des quatre réacteurs d’El-Dabaa devrait être opérationnel d’ici à 2030. L’Ouganda va s’y mettre. « L’AIEA est disponible pour apporter tout le soutien nécessaire par le biais de formations afin que le projet devienne une réalité », a dit Aline des Cloizeaux, directrice de la division Énergie nucléaire de l’agence, ex-directrice du projet EPR Flamanville (2016-2017) et ex-directrice des activités nucléaires civiles de Naval Group (2019-2021).

Le Maroc, l’Algérie, le Ghana, le Kenya, le Nigeria sont dans les starting-blocks. Il est probable que, après les échanges approfondis entre MM. Emmanuel Macron et Ali Bongo à Charm el-Cheikh, le Gabon manifeste lui aussi son intérêt pour l’énergie nucléaire civile décarbonée.

La planète est sauvée du réchauffement climatique. Elle va sombrer dans l’hiver nucléaire.


Jacky Bonnemains. Charlie hebdo. 30/11/2022


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