L’ombre encombrante.

Le compagnon de Pannier-Runacher

[Le] compagnon [de la Ministre], Nicolas Bays, sans titre ni fonction, ne cesse d’intervenir pour donner des ordres ou mettre la pression. […]

[…] Selon nos informations, l’ancien député socialiste (2012-2017), réputé proche d’Emmanuel Macron, a plusieurs fois interféré dans les affaires internes du ministère de sa compagne, où il n’occupait aucun titre officiel. En théorie, les conjoint·es des ministres n’ont aucun rôle à jouer dans la conduite des affaires publiques. Une règle que Nicolas Bays a outrepassée, malgré des alertes et des inquiétudes à ce sujet.

Jusqu’à la mi-novembre et la publication d’enquêtes sur Agnès Pannier-Runacher dans Disclose et Politico, Nicolas Bays figurait encore dans plusieurs boucles Telegram du cabinet de la ministre de la transition énergétique et était régulièrement présent dans les locaux de l’hôtel de Roquelaure.

Après la nomination de sa compagne, il a également participé à certains recrutements et s’est personnellement impliqué dans le fait que la ministre se plaigne auprès du secrétariat général du gouvernement (SGG) de l’emplacement initialement attribué à son cabinet.

Des interférences dans la vie du ministère de la transition énergétique d’autant plus incompréhensibles que l’ancien député occupait, au même moment, un poste de conseiller auprès de la secrétaire d’État chargée des anciens combattants et de la mémoire, Patricia Mirallès – poste qu’il a récemment quitté pour rejoindre la société Défense Conseil International (DCI), « opérateur » du ministère des armées.

La situation a pris un tel tour qu’une membre du cabinet d’Agnès Pannier-Runacher a été contrainte de remettre, fin octobre, à sa directrice Mélanie Mégraud un dossier comprenant les captures d’écran des nombreux SMS que Nicolas Bays lui avait envoyés, selon des informations de Médiapart.

Des messages qu’elle a fini par signaler à sa hiérarchie, les percevant comme des injonctions pour des tâches à réaliser et des rappels sur la fragilité de son maintien en poste. Sollicitée, cette conseillère ministérielle n’a pas souhaité nous répondre. Nicolas Bays n’a également pas voulu commenter précisément ce point, faisant savoir par la voix de son avocat Me Olivier Bluche qu’il « conteste catégoriquement toutes [nos] affirmations, allégations et imputations ».

Ce n’est pas la première fois que le positionnement de Nicolas Bays auprès des équipes d’Agnès Pannier-Runacher suscite interrogations et mécontentements. À Bercy, il avait dû quitter, comme la loi l’y oblige, ses fonctions de chef de cabinet de la ministre déléguée en charge de l’industrie en mai 2021, juste après l’officialisation de sa relation avec elle.

Mais l’ombre de l’ancien député a continué à planer sur les activités du cabinet de sa compagne, avant qu’il devienne en décembre 2021 le chef de cabinet de Jean-Michel Blanquer au ministère de l’éducation, après une tentative ratée de rejoindre le privé. « Je recevais des messages à toute heure du jour et de la nuit », déclare une ex-membre du cabinet à l’Industrie, qui avait l’impression d’être « prise en étau » entre Agnès Pannier-Runacher et son compagnon.

[…]

Progressivement marginalisé au sein du PS, dont il avait été une des figures de la rénovation en 2012 aux côtés d’Arnaud Montebourg, Nicolas Bays s’est arrimé, dès 2016, à la création d’En Marche, organisant les premiers déplacements d’Emmanuel Macron dans le Pas-de-Calais.

L’ancien élu (épinglé pour sa proximité avec l’ancien ambassadeur du Qatar, alors qu’il était vice-président de la commission de la défense nationale, et qui est désormais locataire d’une maison appartenant à la famille Dassault, d’après Politico) noue alors des relations avec plusieurs proches du futur chef de l’État, dont un certain Alexandre Benalla.

Quelques années plus tard, malgré son échec à se faire réélire sous les couleurs de La République en marche (LREM) en 2022, Nicolas Bays, qui a un temps rejoint la bande de chroniqueurs de Cyril Hanouna, continue à jouer de cette proximité avec le premier cercle du pouvoir. […]


Lénaïg Bredoux, Antton Rouget et Ellen Salvi. Médiapart. Source (Extraits)


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