Bizness sous couvert !

Un ancien du Renseignement devenu responsable de la sécurité des supporteurs se livrait à un joyeux bizness…

Piocher dans les fichiers de police pour renseigner un ami ? « Ça m’arrivait quelquefois, je ne vais pas vous mentir, de demander des identifications ou des vérifications. Mais je dois vous dire que tout le monde fait ça, aujourd’hui. »

Le 6 octobre dernier, dans le bureau d’une juge, Malik N., un ancien flic du Renseignement intérieur recruté par le PSG, mais désormais sur la touche, raconte la pratique généralisée de la « tricoche » chez les poulets. Cette charmante habitude consiste donc à balancer des infos confidentielles contre de menus avantages, parfois sonnants et trébuchants. Faut bien vivre…

Une baffe coûteuse

A l’occasion d’une enquête pour « compromission du secret de la défense nationale », la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) a ramené dans ses filets Malik N. et a découvert que son ancien agent était à la tête d’une petite entreprise de tricoche, ni­chée dans le club de foot parisien. Depuis, c’est l’embarras, Place Beauvau. La justice recherche tous les poulets et quelques gendarmes qui ont picoré illégalement dans les fichiers, renseigné en douce sur les procédures judiciaires ou favorisé l’octroi de titres de séjour. Et ça en fait, des fonctionnaires serviables…

Neuf mois après avoir quitté la maison poulaga pour se faire embaucher par le PSG, Malik N. s’agite sur le terrain. Le 27 avril 2019, lors de la finale de la Coupe de France, Neymar, le numéro 10 du club, gifle un supporteur. L’ex-poulet, chargé de s’occuper de la tête à claques, dont la plainte pourrait embarrasser le club, sonne un brigadier-chef en poste à Bordeaux. Mission : vérifier le fichier des antécédents judiciaires du claqué.

Quelques jours plus tard, c’est un youtubeur trop bien renseigné sur la vie interne du club que vise Malik N., mobilisant d’autres poulets. Une vieille manie, chez cet ancien flic. En 2015, alors qu’il était encore en uniforme, il faisait faire de drôles de recherches sur des journalistes casse-pieds.

Marqué à la culotte

Pour récompenser son ré­seau d’indics dans la police, Malik N. distribue des places de choix à la tribune du Parc des Princes. Il lui arrive aussi de rendre des services aux cadres du PSG. Un jour, il actionne ses réseaux francs-maçons dans la maison poulaga afin que l’épouse du dircom du club récupère un titre de séjour.

Les enquêteurs ont mis au jour une véritable filière, qu’ils décrivent ainsi dans un rapport de synthèse : « une organisation pour faciliter l’entrée [et] le maintien d’étrangers sur le territoire national ». Et d’ajouter : « Les différents membres de cette bande organisée tirent un bénéfice de l’infraction commune, une rétribution en numéraire ou en biens immobiliers. » Moins que le salaire de Mbappé, tout de même ?

Le « chef d’orchestre », comme le désignent les enquêteurs, de ce fructueux business est un homme d’affaires franco-algérien, lobbyiste pour plusieurs gouvernements africains et, surtout, pour le Qatar. Grand ami de Malik N., Tayeb B. était un habitué de la tribune présidentielle du Parc, jusqu’à ce qu’il se mette hors jeu.

Accusé par les Qataris, comme l’a raconté « Libé », d’avoir récupéré des informations compromettantes sur le président du PSG, Nasser al-Khelaïfi, Tayeb B. a été embastillé six mois à Doha. Bi­zarrement, Malik N. disposait lui aussi d’une copie des fameuses pièces compromettantes. Les enquêteurs ont ainsi trouvé chez lui le contenu cloné du téléphone du numéro un du PSG ainsi qu’un mois d’enregistrements vidéo de ses ébats amoureux (« Le Parisien », 30/9). Carton rose !

Un ex-flic du Renseignement impliqué dans un chantage sexuel visant le président du club de foot le plus fortuné et qui a rang de ministre dans son pays… De quoi distraire le ministère de l’Intérieur !

Darmanin va devoir mouiller le maillot.


Jérôme Canard le Canard enchaîné. 30/11/2022


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