Traquer le négationnisme

En août 2020, des tags négationnistes défiguraient le Centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne), village dans lequel 642 habitants furent tués par les SS de la division Das Reich, en juin 1944.

Le président Macron assura alors que « tout [serait] fait pour que les auteurs de cet acte soient traduits en justice ». Une inscription intrigua les enquêteurs : « Reynouard a raison ».

Reynouard, Vincent, 53 ans, figure de proue du négationnisme depuis 1990, ne pouvait pas être l’auteur matériel de la profanation : il était en fuite en Grande-Bretagne depuis juin 2015, afin d’échapper à une condamnation définitive à un an de prison ferme, incarcération dont il avait déjà fait l’expérience en 2010-2011.

Cependant, les enquêteurs de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine (OCLCH), dirigés par le général de gendarmerie Jean-Philippe Reiland, sont opiniâtres : ils espéraient, en arrêtant l’ancien professeur de mathématiques exclu de l’Éducation nationale, remonter jusqu’aux auteurs des tags.

Première partie de la mission accomplie : Reynouard a été arrêté le 10 novembre à Anstruther (Écosse), où il vivait précairement et sous une fausse identité. Actuellement détenu, il a refusé son extradition vers la France et attend l’audience qui statuera sur celle-ci le 24 novembre. Résultat incertain : le délit de négationnisme n’existe pas outre-Manche.

Reynouard, en plus de nier la Shoah, fait une fixation sur Oradour, crime de guerre dont il cherche à innocenter la SS.

Déjà auteur, en 1997, d’un livre sur le sujet, lorsqu’il .a été arrêté, il en finissait un nouveau de 500 pages, qui devrait sortir sous peu, selon l’hebdomadaire Rivarol, qui le soutient.

Cette arrestation intervient au moment même où la Belgique refuse d’extrader vers la France le prédicateur islamiste Hassan Iquioussen, autre prêcheur de haine qui, lui, a peu de chances d’être emprisonné après son expulsion prévue vers son pays. Et qui a échappé avec une déconcertante facilité aux policiers français.

Dans l’idéal, il aurait fallu juger l’un et l’autre pour les propos qu’ils ont tenus ou écrits. Reynouard ne doit certes pas échapper à sa condamnation en justice, mais il est un personnage marginal qui s’ébroue dans un microcosme négationniste ne pesant rien politiquement.

Ses soutiens ont beau expliquer que, s’il a été traqué jusqu’en Écosse, c’est que « le système » a « peur » de sa pensée et veut à tout prix le faire taire, la vérité est plus prosaïque : ayant déjà vécu dans la clandestinité en Belgique pendant un an, au milieu des années 2000, pour échapper (en vain) à la prison, Reynouard a trop nargué magistrats et policiers, et ils détestent cela.

Les moyens importants et le temps passé à le pister avec succès sont le résultat de son obstination à fuir, comme un auteur de hold-up. Faurisson, plus malin, est mort dans son lit sans avoir passé un seul jour en taule.

Tour à tour proche des skinheads néonazis dans les années 1990, puis devenu catholique intégriste, tendance sédévacantiste, puis ouvertement hitlérien à 40 ans passés, et enfin embarqué dans un mauvais trip new age, Reynouard est tellement obsessionnel et multirécidiviste qu’il est peu probable que la prison le fasse s’amender.

Que justice passe, donc, mais le négationnisme vraiment dangereux est aujourd’hui localisé entre Beyrouth et Téhéran, et dans tout le monde islamiste. Ce qu’il faut couper, c’est la main qui nourrit, les négationnistes européens, plus encore que ces derniers, qui sont de pauvres losers.


Jean-Yves Camus. Charlie hebdo. 23/11/2022


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