Cinéma : la crise !

Producteurs, distributeurs, exploitants… tous les « professionnels de la profession » du cinéma français…

… comme disait feu Jean-Luc Godard, sont ressortis déprimés d’un mois de septembre désastreux – la plus faible rentrée en termes de fréquentation des salles depuis quarante-deux ans, si l’on excepte l’année 2020, plombée par le Covid. 

Octobre leur a redonné un début de sourire avec le carton de… Novembre, de Cédric Jimenez (l’un des films français les plus vus de l’année, avec déjà 2,3 millions de spectateurs), et les succès de Simone, le voyage du siècle, le biopic de Simone Veil signé Olivier Dahan, et de L’Innocent, la brillante comédie de Louis Garrel.

Le mois de novembre a démarré sous les mêmes bons auspices, avec les résultats encourageants de Mascarade, de Nicolas Bedos, et de Couleurs de l’incendie, de Clovis Cornillac, en attendant une offre d’art et essai particulièrement riche et attractive, animation (Charlotte) et documentaires (Riposte féministe) inclus.

Rien que pour ce mercredi 30 novembre 2022, les spectateurs ont le choix entre l’émouvante chronique autobiographique de Christophe Honoré dans Le Lycéen, l’hommage vibrant de Blandine Lenoir aux militantes du droit à l’avortement dans Annie colère, et la fantaisie burlesque de Quentin Dupieux dans Fumer fait tousser. Trois propositions de cinéma radicalement différentes, qui attestent de la diversité et, donc, de la vitalité, de la production française.

Tout va mieux, donc ? Pas tout à fait.

À côté de ces réussites, le cinéma d’auteur à la française souffre : […] l’angoisse exprimée par les signataires de l’appel pour des états généraux du cinéma français, début octobre, reste vive.

Elle est liée à la vision libérale du président du CNC, Dominique Boutonnat, qui ne fait plus vraiment de différence entre cinéma et séries, ce qui revient, de fait, à les mettre en concurrence.

Dans ce contexte, le septième art ne fait plus le poids. Pour le producteur Saïd Ben Saïd, « on essaie de transformer le cinéma français en prestataire pour Netflix et Amazon ». Avec, au passage, le risque d’aggraver les inégalités entre les productions.

Le cinéma français ne manque pas d’argent, grâce au système de la « chronologie des médias », conçu pour assurer le préfinancement des films par chacun des diffuseurs après leur sortie en salles (Canal+, qui reste le principal contributeur, les chaînes gratuites, les plateformes). Mais cette manne se répartit entre quelques longs métrages aux budgets très confortables et beaucoup d’œuvres modestes et diverses pour lesquelles chaque euro compte.

Les plateformes, par leur demande croissante de « contenus » (un peu de films, beaucoup de séries), créent une spirale inflationniste sur les salaires des techniciens qui grèvent les devis des « petites » productions indépendantes, contraintes de tourner plus vite, au risque de perdre en qualité. […]

L’avenir du cinéma français est lié, aussi, au renouvellement de son public. Et cela dépend, d’abord, des scénaristes et des cinéastes eux-mêmes. Les 15-34 ans ont, certes, retrouvé le chemin des salles. Mais c’est pour voir principalement, voire exclusivement, les blockbusters hollywoodiens. Comment leur donner envie de découvrir le made in France ?

[…] Jérôme Seydoux, le puissant patron de Pathé, n’a pas tort quand il déclare que la production française « reste un cinéma pour vieux. Avec des sujets, des thèmes, une façon de filmer, de monter […] un peu à l’ancienne ». Si le cinéma français propose déjà de nouvelles têtes, s’ouvre de plus en plus à la diversité sociétale et ethnique, il lui faudra encore largement renouveler ses formes et ses récits pour convaincre les jeunes.


Samuel Douhaire. Télérama. Source (extraits)


Une réflexion sur “Cinéma : la crise !

  1. bernarddominik 29/11/2022 / 18:46

    Et oui quand je vais au cinéma, même en WE, il y a surtout des retraités, et comme leur niveau de vie baisse, ils préfèrent diminuer les loisirs que la nourriture ou le chauffage. Les jeunes ont des TV de 1 ou 2 M2 et sont abonnés à Netflix et autres pourvoyeurs de divertissement, et ils cherchent d’abord le divertissement.

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