Précarité estudiantine…

… et le gouvernement répond à côté

[…].

Le ministre des solidarités, Jean-Christophe Combe, en association avec la ministre de l’enseignement supérieur, Sylvie Retailleau, a annoncé, le 22 novembre, débloquer 10 millions d’euros pour les associations de distribution d’aide alimentaire aux étudiants et étudiantes. Cette enveloppe doit permettre de financer environ 300 000 colis alimentaires par semaine, d’après le ministère, soit un repas par jour par étudiant jusqu’à la fin de l’hiver.

Même si c’est mieux que rien, encadrant d’associations comme les étudiant-e-s bénéficiaires constatent l’insuffisance et attendent de réelles mesures structurelles pour endiguer la pauvreté


La précarité étudiante s’étend et est désormais largement documentée. 40 % des étudiantes et étudiants vivent seul-e-s sont en situation de pauvreté, indique le ministère des Solidarités.

L’Observatoire du Samu social de Paris vient, par exemple, de publier un rapport sur la question issu d’une enquête menée entre décembre 2021 et avril 2022 auprès de 477 étudiant-e-s en situation de précarité, contraint-e-s de se rendre à l’aide alimentaire, parfois loin de leur domicile.  Le constat est glaçant.

Un quart des étudiant-e-s présent-e-s à l’aide alimentaire déclarent un état de faim modéré à sévère et un état dépressif majeur pour un tiers d’entre elles et eux, ce qui se répercute sur la vie quotidienne, les relations sociales ou la scolarité.

La crise a frappé des « étudiantes et étudiants confrontés à des revirements budgétaires, déjà fragiles, qui appellent au secours, l’événement révélant ainsi “une pauvreté ancrée dans le temps, structurelle” », peut-on lire dans l’étude. Le phénomène n’est pas nouveau, mais désormais, la rémanence de la situation semble être actée par les pouvoirs publics.

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On ne peut pas se féliciter de l’ouverture de l’université aux enfants d’ouvriers sans mettre en place un bon système d’aides sociales pour permettre à ces jeunes-là d’étudier dans les meilleures conditions. Imane Ouelhadj, présidente de l’Unef

Car la précarité alimentaire n’est pas la seule qui touche les étudiant·es. « Le premier poste de dépenses pour les étudiants, c’est le logement, et là-dessus, les aides sont insuffisantes »,juge Étienne Matignon. Le gouvernement a revalorisé les APL de 3,5 % et gelé les loyers dans les résidences étudiantes.

Des gestes qui laissent sceptique Imane Ouelhadj, présidente de l’Unef. Elle considère que ces mesures ne répondent en rien à une précarité devenue structurelle. « Si on prend l’exemple de la revalorisation des bourses de 4 % pour les boursiers sur critères sociaux, on réalise que ça ne va pas changer la vie des étudiants. 27 % des étudiants sont boursiers et 33 % de ces étudiants sont boursiers échelon 0 bis, qui permet de toucher 100 euros par mois. Avec cette hausse, ils vont avoir 4 euros supplémentaires. Très concrètement, ça correspond à deux paquets de pâtes. Pareil pour la hausse de 3,5 % des APL, ça ne signifie quasiment rien dans un budget. »

Au ministère de l’enseignement supérieur, on se veut rassurant… et on rappelle aussi que les étudiantes et étudiants boursiers et précaires ont perçu un chèque exceptionnel de 100 euros. En tout, les mesures ont concerné 1,5 million d’étudiant-e-s, soit la moitié du total, ce qui n’est pas négligeable, insiste-t-on. 

L’autre mesure sur laquelle s’appuie l’exécutif est celle du repas à un euro, accessible à chaque étudiant-e qui le demande, dans les Crous au moins jusqu’à Noël, a annoncé la ministre de l’enseignement supérieur, Sylvie Retailleau. Et ce, même si elle a reconnu, selon France Inter, la « saturation » de certains de ces restaurants universitaires.

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Faïza Zerouala. Mediapart. Source (Extrait)


3 réflexions sur “Précarité estudiantine…

  1. bernarddominik 28/11/2022 / 14:58

    La véritable réponse, n’en déplaise à l’unef, c’est de donner les moyens au CROUS de distribuer des repas à bas prix. Quant aux loyers ils sont gelés pour les résidences du crous et la hausse n’aura lieu qu’à l’été 2023 au renouvellement du bail, les aides n’ont pas pour but d’acheter le dernier iPhone. Le pb habituel avec Macron c’est que l’argent est distribué à des associations dont on n’a pas la certitude que 100% des fonds seront affectés à leur motif initial

    • Libres jugements 28/11/2022 / 16:33

      Porter la probité sur l’ensemble des associations n’est pas correcte, c’est irrespectueux envers les milliers de bénévoles œuvrant.
      D’autre part, il faudrait citer le nombre de logements du CROUS mis à disposition des étudiants chaque année. Tous les parents ayant une progéniture poursuivant des études en faculté savent combien il est difficile de trouver un logement à des prix accessibles.
      Enfin, inutile de stigmatiser l’Unef particulièrement car dans l’article original bien d’autres associations ou syndicats dénoncent de tous bords, le forfait de l’annonce gouvernementale.

      En colère.
      Michel

      • bernarddominik 28/11/2022 / 18:44

        Le saupoudrage de multiples associations me paraît bien moins efficace qu’étendre les repas à 1€ du crous. Quant aux loyers ceux du Crous sont bloqués, quant au privé les bails étudiants se faisant d’août ou septembre à juin/juillet le propriétaire ne peut revaloriser le loyer avant l’anniversaire du bail, donc dans ce cas il ne le fera qu’en été 2023, s’il le fait. J’ai été étudiant et pére et gens père d’étudiants et connais bien l’unef, qui voit l’étudiant comme un fonctionnaire et voudrait instituer un salaire étudiant. Ce que je trouve malsain et risqué. Que les bourses soient revalorisées en fonction de l’inflation, je suis pour mais avec un indice de cherté propre aux étudiants. Mais je reste convaincu que les aides ne doivent pas être une garantie de pouvoir d’achat mais couvrir les besoins essentiels.

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