À l’aurore…

À l’aurore, avant la chaleur,
La tendresse de la couleur
À peine éparse sur le monde,
Étonne et blesse la douleur.

O Nuit, que j’ai toute soufferte,
Souffrez ce sourire des cieux
Et cette immense fleur offerte
Sur le front d’un jour gracieux.

Grande offrande de tant de roses,
Le mal vous peut-il soutenir
Et voir rougissantes les choses
A leurs promesses revenir?

J’ai vu se feindre tant de songes
Sur mes ténèbres sans sommeil
Que je range entre les mensonges
Même la force du soleil,

Et que je doute si j’accueille
Par le dégoût, par le désir,
Ce jour très jeune sur la feuille
Dont l’or vierge se peut saisir.


Paul Valéry


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