Soupçons

McKinsey, aurait été l’argentier illégal de Macron 2017. Tiens donc ?

Selon le Parisien, le Parquet national financier a ouvert une enquête, en novembre, sur des soupçons de financement illégal de la première campagne du président par le cabinet de conseil, en échange de quoi ce dernier aurait obtenu des contrats publics plus facilement.

  • Un demi-million d’euros pour « évaluer les évolutions du métier d’enseignant ».
  • Quatre millions de contrats pour aider à la mise en œuvre numérique de la réforme des APL.
  • 920 000 euros pour préparer la réforme des retraites en 2019…

Le cabinet de conseil américain McKinsey a été bien servi en contrats juteux par l’État depuis qu’Emmanuel Macron s’est installé à l’Élysée. Mais était-ce un renvoi d’ascenseur ?

La question est au cœur d’une enquête ouverte, courant novembre, par le Parquet national financier (PNF) pour « favoritisme » et « financement illégal de campagne électorale », dont l’existence est révélée, le jeudi 24 novembre 2022, par le Parisien.

En clair, le PNF cherche à savoir si, oui ou non, McKinsey a alimenté en sous-main et de manière illégale la trésorerie de la campagne victorieuse d’Emmanuel Macron en 2017. Et si, en échange, le cabinet a ensuite été favorisé dans l’obtention de contrats publics – McKinsey a conclu pour au moins 18 millions d’euros de contrats et missions divers avec l’État depuis 2017.

Trois juges sont chargés de l’enquête, dont Serge Tournaire, bête noire de François Fillon dans l’affaire Penelope et de Nicolas Sarkozy dans Bygmalion.

L’enquête fait suite aux conclusions, en mars 2022, de la commission d’enquête du Sénat sur le recours aux cabinets privés, qualifié de « tentaculaire » par sa rapporteure, la sénatrice communiste Éliane Assassi – le montant des dépenses en conseils des ministères pouvant monter jusqu’à près de 900 millions d’euros en 2021 !

À la suite de quoi, une première procédure a été ouverte contre McKinsey pour « blanchiment aggravé de fraude fiscale » : en effet, le cabinet n’a payé aucun impôt sur les sociétés en France de 2011 à 2020, alors que son chiffre d’affaires sur le sol français est estimé à 329 millions d’euros pour cette dernière année.

En mai dernier, le siège de l’entreprise avait été perquisitionné dans le cadre de cette première enquête.

[…]

Depuis les révélations de l’enquête sénatoriale, le nom même de McKinsey est devenu le symbole des collusions entre les intérêts du privé et l’intérêt général, qui caractérisent la Macronie.

L’affaire avait pollué la campagne de réélection du chef de l’État, qui récuse tout favoritisme : « S’il y a une quelconque preuve de manipulation, qu’ils aillent au pénal ! » avait-il lâché en mars dernier, bénéficiant de toute façon de l’immunité présidentielle jusqu’à la fin de son mandat.

En vertu de la séparation des pouvoirs, il ne peut pas être convoqué par les juges, et ce jusqu’en 2027. L’enquête s’ajoute cependant à une pile de casseroles dangereusement hautes, qui s’entassent depuis l’affaire Benalla.

Dernières en date : les mises en examen du garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti et du secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler. […]


Cyprien Caddeo. Le quotidien l’humanité. Source (extraits)


Version Aubin Laratte, « Le Parisien ». Source (Extraits)


Le rapport sénatorial fait 385 pages. Il décrit, rien que dans son titre, « un phénomène tentaculaire », « l’influence croissante des cabinets de conseil sur les politiques publiques ». S’il en fallait un symbole : ce serait McKinsey. […]

  • C’est quoi, c’est qui, McKinsey ?

McKinsey, de son vrai nom McKinsey & Company, est un cabinet de conseil, [fondé en 1926, il a son siège social à New York]. Il en existe d’autres parmi lesquels Accenture, Bain, Boston Consulting Group, Capgemini, Eurogroup, EY, PwC, Roland Berger ou encore Wavestone. Ils emploient en France 40 000 personnes. Recrutés par des entreprises privées ou des administrations, ces cabinets appuient leurs clients pour différentes missions. Ils travaillent le plus souvent dans l’ombre (ni leur présence ni leur nom n’est donné le plus souvent), participent à la construction de projets, font des recommandations voire fournissent à leurs clients des consultants spécialistes. Parfois, ces mêmes cabinets peuvent sous-traiter leur mission à d’autres cabinets.

Dans l’administration française, McKinsey n’est toutefois que l’arbre qui cache la forêt. Selon le rapport sénatorial, en 2021, « les dépenses de conseil de l’État au sens large ont dépassé le milliard d’euros, dont 893,9 millions pour les ministères ». « Le recours aux consultants n’a pas commencé sous ce quinquennat », écrivent les sénateurs, mais il a grandement augmenté. Entre 2018 et 2021, ces dépenses ont été multipliées par 2,36.

  • Que lui est-il reproché ?

McKinsey a été l’un des principaux cabinets de conseil du gouvernement ces dernières années mais pas le seul :

  • McKinsey :12,33 millions d’euros
  • Citwell 6,8 millions
  • Accenture 5,34 millions
  • Capgemini 4 millions.

McKinsey a été « la clé de voûte de la campagne vaccinale », expliquent les sénateurs dans leur rapport, étudiant la distribution des vaccins, suivant leur livraison, produisant des indicateurs de suivi, suivant les décisions prises, etc.

Outre ce budget dépensé pour McKinsey, c’est aussi d’autres mesures recommandées par le cabinet qui font polémique. La réforme des APL aboutissant à une baisse de l’allocation, pour tout le monde, de 5 euros ? McKinsey qui y a contribué à sa manière pour remédier à des difficultés informatiques. Le cabinet a, pour cela, empoché 3,88 millions d’euros.

Pour 500 000 euros, McKinsey a été missionné par l’État pour une mission portant sur « l’évolution du métier d’enseignant », sans que le ministère puisse dire si cela a été utile. D’autant plus que la mission « consistait surtout à rassembler des comparaisons et études de cas internationaux, à partir de données publiques ».

Mais le plus gros grief concernant McKinsey concerne son imposition en France qui est tout simplement… inexistante, selon ce même rapport sénatorial. […] La situation est d’autant plus cocasse que la société mère est située au Delaware, ce tout petit État à l’est des Etats-Unis où les taxes sont parmi les plus faibles au monde.

[…]


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