Enjeux du stade

[…] « Politiser le sport » est risqué.

Mais, apparemment, les joueurs iraniens ont moins craint de braver la brutale autorité des mollahs que 8 équipes européennes, dont la nôtre, de froisser les autorités internationales du football en portant sur le terrain un brassard de soutien aux minorités maltraitées au Qatar.

La « courageuse » Fédération française de foot (comme la Fifa), qui a interdit aux joueurs toute manifestation ou signe de désapprobation, sont de l’avis de Macron : « politiser le sport » n’est pas bon.

Pour les « hypocrites » des pays occidentaux qui en douteraient et continueraient de critiquer l’organisation du Mondial au Qatar, dont il est le premier thuriféraire, Gianni Infantino, le président de la Fifa, s’était empressé, avant même l’ouverture, de préciser sa position. « Aujourd’hui, je me sens gay, aujourd’hui, je me sens handicapé, aujourd’hui, je me sens travailleur migrant », a, entre autres, anaphorisé façon « Moi président » celui qui est le seul candidat à sa succession à la tête des instances mondiales du foot en 2023.

Infantino se « sent » à lui tout seul tous les opprimés du Qatar en même temps, ce qui dispense, selon lui, les joueurs comme les supporteurs du moindre commentaire. Et il se sent aussi et surtout dans la peau de celui qui, « en dépit de la Covid et des différentes crises dans le monde », a, avec « la plus belle Coupe du monde de l’Histoire », fait rentrer 7,2 milliards d’euros, soit 1 milliard de plus que prévu, dans les caisses de la Fifa. Il ne faut pas « politiser le sport », surtout quand cela risque de nuire aux droits de l’homme… d’affaires !

Macron n’a pas dit le contraire. Notre manu des beaux quartiers, renvoie la balle dans le camp de la Fifa en faisant répéter que non seulement il n’est en rien responsable de l’« attribution de l’événement » au Qatar et qu’il ne voulait en rien s’ingérer dans les instances du ballon rond. Mais il ne s’en est pas moins ingéré dans les affaire réalisées avec le Qatar, État riche en gaz et généreux ami de la France, bon client de ses armements et propriétaire du PSG.

Autant de raisons pour lui, on l’aura compris, de ne pas trop « politise. Le sport », excepté, bien sûr pour le récupérer quand il y a des avantages politiques à en tirer. Le Qatar lui-même ne s’en est pas privé, et chacun des pays participants entend évidemment, au gré de ses intérêts et de ses résultats en faire autant.

Macron le premier, qui ne se rendra à ce Mondial que si la France arrive en demi-finale. « Ne pas politise le sport », vraiment ?


Éditorial d’Erik Emptaz. Le Canard enchaîné. (Extraits). 23/11/2022


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