LR et « ce » débat télé.

Débat ? Redite de formulations anciennes, oui !

Ces trois anguilles déguisées, débateurs d’un soir, ont tous louché vers le RN, sans se démarquer de l’environnement macronesque. Ce n’est pas ainsi qu’ils remettront le LR sur pied, tant pis pour la démocratie ! MC


Le débat entre les trois candidats à la présidence du parti Les Républicains (LR), lundi 21 novembre sur LCI, a tourné au concours de la droite la plus pure, donc la plus dure.

Dix ans après la « droite décomplexée » de Jean-François Copé, Bruno Retailleau, Éric Ciotti et Aurélien Pradié ont recyclé une technique vieille comme la droite française : montrer les muscles et surjouer la fermeté pour séduire le noyau électoral des adhérent·es resté·es fidèles (90 000 personnes environ).

En préambule, Bruno Retailleau, sénateur de Vendée, a fixé comme condition vers la résurrection de LR que « la droite assume ses convictions, courageusement et fermement ». Éric Ciotti, député des Alpes-Maritimes, a renchéri : « Il est temps d’oser la droite ! Je suis de droite, je l’assume. J’ai le cœur à droite. » Une manière, pour les deux favoris du scrutin interne qui s’ouvre le 3 décembre, d’attribuer les échecs successifs de LR à une ligne politique jugée trop molle ou trop centriste.

Des errements qui, ont-ils juré, appartiendront au passé dès qu’ils auront mis la main sur l’appareil historique de la droite française.

Pour s’en convaincre, les journalistes de LCI ont passé les 40 premières minutes à parler d’immigration et d’islam, un cocktail sans lequel les soirées politiques de droite paraîtraient bien fades. […]

Après l’Ocean Viking et la [future] loi immigration [de] Gérald Darmanin, […] le débat a vite tourné sur les « abayas » et la laïcité. « Il faut être intransigeant ! », a martelé Éric Ciotti. Son homologue sénateur, Bruno Retailleau, ne s’est pas montré en reste. Il a tour à tour proposé d’interdire toute régularisation de sans-papiers (du jamais-vu en France), promis de mener un « combat de civilisation » contre « l’islamisme » et suggéré de priver une femme qui se ferait contrôler pour la seconde fois en burqa de ses « droits sociaux » et « allocations ».

Dans cette surenchère de droite, la position du troisième candidat, Aurélien Pradié, a pu surprendre. Perçu comme tenant d’une ligne modérée au sein de LR, le député du Lot a tout fait pour convaincre de sa rigidité sur les questions identitaires et sécuritaires (tout en se démarquant, par exemple, en s’opposant à la retraite à 64 ans).

L’actuel secrétaire général du parti a ainsi défendu des propositions radicales en la matière : instaurer l’uniforme de la maternelle à l’université (même Éric Ciotti a tiqué), « ouvrir le débat » pour une interdiction du voile dans l’espace public, « réduire drastiquement » l’immigration étudiante ou créer un « crime de passeurs » jugé « comme un crime contre l’humanité, à la Cour pénale internationale »

[…]

Au milieu de cette course à la fermeté, les journalistes ont posé aux candidats une question simple : qu’est-ce qui vous différencie du Rassemblement national (RN) sur l’immigration ?

Comme trois lapins pris dans les phares d’une voiture, les postulants ont semblé tétanisés par l’interrogation.

E. Ciotti « Ça ne m’intéresse pas. C’est votre sujet. Moi, je parle aux Français qui voient l’invasion migratoire. »

A. Pradié n’a pas été plus clair. « Je ne crois pas à la droite des colloques, celle qui parle de valeurs sans les appliquer, a-t-il tenté. Le préalable à tout, c’est de réduire de moitié le volume de l’immigration. »

B. Retailleau « Je ne suis jamais tombé dans ce panneau des leçons de morale. C’est une grosse ficelle de la gauche pour tétaniser la droite et lui interdire ce débat. »

[…]

Aucun des trois candidats à la présidence de LR n’a donc souhaité expliquer, à douze jours d’un congrès important, la différence entre les valeurs de son parti et celles de la principale formation d’extrême droite du pays.

 […]


Ilyes Ramdani. Médiapart. Source (extraits)


Version Le Canard Enchainé du 23/11/2022

À droite toute pour la présidence de LR.

Pauvre Alain Juppé ! Il a donné, le 18 novembre, une interview au « Parisien », histoire de célébrer les 20 ans de la création de l’UMP, dont il fut le premier président. Las ! cet article est passé complètement inaperçu. Il est vrai que, membre du Conseil constitutionnel, Juppé est tenu à un devoir de réserve. La seule phrase à retenir de cet entretien est que « seule l’union de la droite et du centre permet de gagner ».

Vu la compétition en cours pour la présidence de LR, parti qui a succédé à l’UMP, on en est loin. Exception faite du jeune Aurélien Pradié dans le rôle de l’outsider, qui ferait presque figure de gauchiste, la campagne s’est résumée à une course à l’échalote vers la droite entre Eric Ciotti et Bruno Retailleau. Le premier était parti avec une bonne longueur d’avance : il avait de sérieux états de service à faire valoir. Mais le tenace sénateur vendéen, jadis lieutenant de Philippe de Villiers (avec lequel il s’est brouillé), a refait son retard.

Le président du groupe LR au Sénat n’a pas lésiné. La dernière en date des séances de questions d’actualité en a fourni l’éclatante démonstration. Ce 16 novembre, LR avait droit à six questions ; deux ont été consacrées à l’« Ocean Viking » et au débarquement des migrants à Toulon ; une autre au port de l’abaya dans certaines écoles. « On a l’impression que le groupe du Sénat est pris en otage par la bataille pour la présidence de LR », enrage un sénateur pourtant soutien de Retailleau.

Ce dernier, dans la course à droite, a peut-être marqué un point décisif au moment du scandale Fournas. Tandis que Ciotti, dans un moment de faiblesse, condamnait rapidement les propos « d’une extrême gravité » du député RN, Retailleau évitait de se joindre au choeur des protestations. « Personne ne peut considérer comme raciste de réclamer le retour des clandestins », tranchait-il, feignant de croire que Fournas n’avait pas visé le député LFI pour sa couleur de peau.

Une manière comme une autre de rester « droit dans ses bottes », expression rendue

célèbre en 1995 par… Juppé.


Article signé des initiales B. D. Le Canard enchaîné. 23/11/2022


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