« Inacceptable. »

Les propos de Jozef Sikela, le ministre tchèque de l’Industrie, dont le pays occupe jusqu’à la fin de l’année la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne, sont clairs : les Vingt-Sept ne veulent pas du plan Biden de soutien aux constructeurs automobiles ricains, dont ils jugent les mesures « discriminatoires » àl’égard de leurs propres industries de la bagnole (1).

Le but de Joe Biden est de protéger ses industries, et les emplois de ses concitoyens, qui sont ses électeurs. Pour cela, il a signé un chèque, pouvant atteindre 7 500 dollars, pour toute personne résidant sur le sol américain acquérant un SUV électrique de deux tonnes pour parcourir les 500 m qui séparent la prunelle obèse de ses yeux de son école, à condition que le monstre sur roues sorte d’une usine nord-américaine, c’est-à-dire des États-Unis, du Canada ou du Mexique, liés par un accord de libre-échange, mais aussi que sa batterie ait été fabriquée au pays de Donald Trump.

Une mesure protectionniste ? Oui. Discriminatoire ? En effet. Nationaliste? Bien sûr. Le problème de l’UE est qu’elle est la seule grande région où ces termes sont péjoratifs, alors qu’ils sont revendiqués par les États-Unis et la Chine. Que peut-elle faire ? Les subventions américaines créant une distorsion de concurrence, Bruxelles peut traîner Washington devant l’organe de règlement des différends, le « tribunal » de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

La chose serait banale, Américains et Européens se mettant mutuellement en cause devant cette instance, notamment en raison des importantes subventions qu’ils accordent à leurs industries agricole et aéronautique, parce que le libre-échange, c’est joli dans les discours mais insoutenable dans la pratique, et qu’il faut bien tricher avec de l’argent public pour être « compétitif » ou pour éviter les manifs devant les préfectures.

Une « lettre d’injonction » a ainsi été envoyée par les Vingt-Sept aux États-Unis, leur demandant de retirer leur loi. Pour Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur, si Biden ne bouge pas, « il faudra aller devant l’OMC », le commissaire envisageant également des « mesures de rétorsion ». Et Bruno Le Maire d’affirmer que le plan Biden n’est « pas acceptable », le locataire de Bercy découvrant, stupéfait, que Joe n’a pas à lui demander son avis (2).

Nous verrons si l’UE attaque les États-Unis à l’OMC. Mais comment Bruno Le Maire peut-il espérer tordre le bras à Joe Biden, alors que la France et l’Allemagne, désormais dépen­dantes des importations de gaz naturel liquéfié (GNL) venant des États-Unis, à un prix bien plus élevé que le russe, en sont réduits à supplier à genoux Washington de leur vendre son GNL moins cher (3) ? De leur côté, les Allemands sont atlantistes, et dépendants du marché américain pour y écouler leurs bagnoles. Et si vous étiez polonais, à portée des bombes russes, vous auriez envie de vous en prendre aux Américains en ce moment?

Même si la procédure à l’OMC devait être lancée, et aboutir à un jugement en faveur des Vmgt-Sept, cela prendrait des années, durant lesquelles les véhicules fabriqués aux États-Unis auront été vendus à des Américains grâce à de l’argent public, pendant qu’ici nos impôts vont servir à acheter des véhicules chinois, comme nos lecteurs le savent. Plus fondamentalement, le problème est que l’énergie utilisée par les industriels – le gaz – est désormais considérablement moins chère aux États-Unis qu’en Europe. La « réindustrialisation » tant évoquée ces derniers temps aura bien lieu. Mais ce sera outre-Atlantique.


Jacques Littauer. Charlie hebdo. 16/11/2022


  1. « Voitures électriques : le plan américain « inacceptable » pour l’UE » (Le Figaro, 31 octobre 2022).
  1. « Subventions américaines : une « distorsion de concurrence », accuse Breton, VUE envisage des « mesures de rétorsion »», par Julien Da Sois (Le Figaro, 6 novembre 2022).
  2. «Bruno Le Maire demande des prix « moins chers » pour le gaz naturel liquéfié américain » (Le Figaro, 12 octobre 2022).

Une réflexion sur “« Inacceptable. »

  1. bernarddominik 24/11/2022 / 16:41

    Les dirigeants de l’UE jouent aux naïfs mais en réalité ils ont été achetés. La France ne vend pas de voitures aux USA, alors on va encore faire un cadeau aux allemands ?

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