Affaire Perdriau (suite)

Frappé d’interdiction de publier de nouvelles révélations sur l’affaire Perdriau, Mediapart fustige un « détournement » de la justice.

De mémoire de journaliste, c’est une première depuis… 1881. Mediapart s’est vu notifier vendredi une ordonnance du tribunal judiciaire de Paris, prise sans débat contradictoire, lui interdisant de publier (sous peine d’une astreinte de 10 000 euros par extrait) un nouvel article de son enquête sur les pratiques du maire de Saint-Etienne Gaël Perdriau, qui avait saisi la justice au titre de l’atteinte à la vie privée par l’intermédiaire de son avocat, Me Christophe Ingrain (lequel se refuse à tout commentaire).

  • Médiapart a obtenu la tenue d’une audience en référé vendredi 25/11/2022.

Au cours des débats, qui devraient être publics selon l’avocat de Médiapart, celui-ci devra justifier de « l’utilité publique » de ses informations, et donc en révéler la teneur avant même de savoir s’il a le droit de les publier.

« On publie d’abord et on conteste après »

La rédaction de Médiapart, qui tenait une conférence de presse mardi 22/11/2022, dénonce le « détournement » de la loi au détriment du droit de la presse. « Depuis 1881 et la loi sur la liberté de la presse, on publie d’abord et on conteste légitimement après », expose Fabrice Arfi, coresponsable de la cellule enquête.

« Il faudrait que les législateurs s’en saisissent pour demander que l’on mette fin à ces détournements », ajoute le cofondateur et président de Mediapart Edwy Plenel. « Si cette ordonnance n’est pas cassée, c’est une catastrophe pour le journalisme », appuie la codirectrice éditoriale Carine Fouteau.

La profession a largement réagi à cette décision de justice, à travers un texte de soutien signé par les sociétés de journalistes, de nombreuses rédactions, des syndicats et associations.

« Un enjeu démocratique »

Auteur de l’article censuré, Antton Rouget confirme que les nouveaux éléments, dont il dispose, mettent « en lumière les pratiques odieuses et scandaleuses » de Gaël Perdriau « à l’encontre d’une personnalité politique importante, Laurent Wauquiez ».

« Sa vie privée ne nous a jamais intéressés », insiste le journaliste, qui ajoute : « Gaël Perdriau a confirmé nos informations sur le fond, avec une justification qu’il lui appartiendra d’assumer. C’est peut-être la raison pour laquelle il actionne les leviers judiciaires pour nous empêcher de publier. »

D’autres médias comme Les Jours ou Libération ont proposé à Médiapart de publier l’article à sa place.

La sénatrice centriste Nathalie Goulet a déposé une proposition de loi : « une publication ne peut être interdite qu’en application d’une décision judiciaire rendue contradictoirement ».


Aurélien Poivret. Le Dauphiné 23/11 2022


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