Prose poetique

Petite cosmogonie portative

Au commencement se déchaîne et se dénoue ce qui était condensé concentré et c’est déflagration d’une tête d’épingle où se tiennent naissance avenir et fin de nos plurivers au commencement c’est première bascule de la ténèbre qui se penche sur la clarté en elle celée ô flamme femme l’âme femme de l’origine au commencement est le feu qu’elle cache en son antre-ventre femme de l’origyne femme qui cèle et recèle les premières braises du monde femme qui porte le feu et la lumière du jour femme qui porte en son antre-ventre le jour qu’elle pousse vers les lendemains au commencement elle ouvre la maison du temps

Au commencement vient l’eau goutte à goutte d’étoiles goutte à goutte de la clepsydre eau du temps des commencements après que les rougeoiements virent au bleu après l’invention du ciel dans le bleu du premier feu dans le bleu de la fleur de lin dans l’eau des linges et des larmes au commencement l’eau dans le bol ciel à l’envers l’eau dans le bol entre les premières mains qui étanchent la soif l’eau sait enchaîner les volcans l’océan sait les commencements et le visage a les yeux en larmes et nos pupilles trous noirs dévorent l’encre qui écrivaient avec le feu et la cendre et les pinceaux aquarellent le monde et le vent attise le feu attise le tourbillon soulève les colonnes d’eau le vent vrille les chemises sur la corde où reposaient il y a un instant quelques gorges bleues ou autres rouges-queues le vent fait danser les pinces à linge sur la portée des étendoirs et le battement d’ailes d’une vanesse ou d’un zygène est annonce d’un typhon d’un ouragan d’une tornade d’un cyclone le vent est la petite réplique du premier grand déchaînement vent stellaire grand souffle de la matière vent qui agite la crinière des comètes brassées d’étoiles mortes et tout cela poussières foudres cendres et eaux mêlées tissées par le vent fait la boue que nous sommes

Enfin paraît la terre notre premier grenier en foin monte la terre pour apaiser la faim des premiers tourments monte et tourne la terre sur le tour du potier si muové si muové enfin la première main dans la verticale humaine se fait main scribe et couche sur les tablettes d’argile nos fondations la peau de nos récits de nos commencements couche écrit et grave l’urgence de vivre et les poèmes de nos voyages et les recettes de nos jours enfin dans les sillons nous apprenons à lire à délire nous y laissons l’empreinte de nos pas l’enfant y jette le dé d’une graine que le feu l’eau et l’air porteront jusqu’à nos lèvres…


Michaël Glück – Château de Latour-sur-Sorgues, mai 2010. Texte inédit.


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