Manœuvre

Le gouvernement prépare un nouveau découpage électorale pour Paris

Explications

A la demande de l’Elysée, Gérald Darmanin et le député Renaissance Sylvain Maillard se sont lancés dans un chantier législatif de toute première importance : tenter de changer, dès l’an prochain, le mode de scrutin pour les municipales dans la capitale, réputé trop favorable à Anne Hidalgo et aux socialistes. Avec, en ligne de mire, l’élection d’un candidat macroniste à la Mairie en 2026…

En vigueur depuis 1982, la règle du jeu actuelle impose une élection par arrondissement (ou par secteur) à Paris, Lyon et Marseille. Le maire de la ville est ensuite désigné par les élus d’ arrondissement.

Le gagnant peut ainsi se retrouver minoritaire en voix et majoritaire en sièges, à condition de remporter quelques gros arrondissements. Gaston Defferre, ministre de l’Intérieur de Mitterrand à l’origine de cette ré­forme, avait ainsi pu être réélu maire de Marseille en 1983.

Comme l’a souligné « Le Parisien » (11/11), Darmanin et Maillard recherchent la formule magique d’un nouveau système qui a besoin, pour être adopté au Parlement, de l’accord de LR et de Rachida Dati, la cheffe de file de la droite à Paris. Mais c’est là que les choses se corsent : depuis une bonne trentaine d’années, on ne compte plus les propositions de loi sur le sujet qui finissent à la poubelle, faute de tenir debout juridiquement et d’apporter une solution claire à ce casse-tête électoral.

« Toutes les hypothèses envisagées présentent de gros défauts », se lamente un proche de Dati. La plus radicale — suggérée par le duo Darmanin-Maillard — passe par la suppression des mairies d’arrondissement, qui se retrouveraient gérées par l’Hôtel de Ville central, comme avant 1982. L’hypothèse est balayée par la plupart des élus municipaux de Paris, qui jugent vital le maintien de leurs fiefs respectifs (l’Ouest à la droite, l’Est à la gauche et une partie du centre aux macronistes…).

Pour contourner la difficulté, l’Intérieur imagine organiser deux votes différents. Bonjour la simplification ! Les citoyens disposeraient d’un premier bulletin pour élire les conseillers de Paris (mais aussi de Lyon et Marseille) et un second pour désigner leur conseil d’arrondissement. « Impensable » pour Benoît Payan, le maire (PS et Macron-compatible) de Marseille, qui ne tient pas à voir ses maires d’arrondissement se prétendre aussi légitimes que lui.

Autre porte de sortie : élire tout le monde avec un même bulletin, qui comporterait à la fois la liste des candidats aux 163 sièges du conseil municipal de Paris et celle des prétendants au conseil d’arrondissement de résidence de l’électeur concerné. Mais, cette fois, ce sont les élus LR qui font la moue : ce système, disent-ils, leur serait défavorable.

Les sachants qui auraient d’autres solutions pour sortir de ce guêpier peuvent toujours se faire connaître auprès de la Place Beauvau…


Article signé des initiales H. L. Le Canard enchaîné. 16/11/2022


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