Du n’importe quoi pour le moment !

Et pourquoi ne pas installer des robots à l’entrée des commissariats et des gen­darmeries pour accueillir les victimes de violences conjugales, trop souvent mal reçues par les hommes en uniforme ?

L’idée est défendue dans le rapport annexé à la loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur (Lopmi), en examen à l’Assemblée depuis lundi. Alors que les violences intrafamiliales sont devenues « un contentieux de masse », qui représente 45 interventions par heure, l’accueil des plaignantes laisse, en effet, toujours à désirer.

En cause, notamment, le manque de formation des forces de l’ordre. Le journaliste infiltré Valentin Gendrot expliquait ainsi dans « Flic » (Goutte d’Or, 2020) que la session dédiée à ces brutalités avait consisté à diffuser le film « Mon roi » (Maïwenn, 2015)… « Sans agents formés, porter plainte ressemble à une loterie », estime Emmanuelle Piet, présidente du Collectif féministe contre le viol.

Tout beigne, madame ?

« Il y a des progrès, mais on est toujours confronté à des refus de prise de plainte, des agents qui minimisent les faits et des femmes qui subissent des remarques », ajoute Clémence Pajot, directrice générale de la Fédération nationale des centres d’information sur les droits des femmes et des familles. Le mouvement #DoublePeine avait mis en avant quelques-unes de ces réflexions, en octobre 2021 : « Vous êtes sûre que vous voulez porter plainte ? », « Vous étiez habillée comment ? », « Est-ce que vous avez joui ? », rapportaient les militantes.

Conclusion, un robot discipliné aura au moins l’avantage de ne pas poser ces questions inopportunes.

Le ministre de l’Intérieur songe aussi à utiliser une « usagère mystère », inspirée des méthodes de la grande distribution ! Elle ferait le tour des commissariats pour vérifier les pratiques des bleus et rapporter leur comportement à la hiérarchie.

La lutte contre les refus de plainte est un enjeu de taille. Un tiers des victimes de féminicide conjugal en 2021 avaient subi des violences antérieures, et 64 % de celles-ci les avaient signalées aux forces de l’ordre, notait le ministère de l’Intérieur le 16 août.

Victimes mystères

La loi pourrait aussi étendre la possibilité de porter plainte hors les murs, notamment dans les locaux des associations. De même, les plaignantes pourront être entendues en visioconférence : « Cela évitera les auditions à répétition et les confrontations traumatisantes », souligne Françoise Brié, qui gère le 3919, le numéro d’urgence Violence Femmes Info.

Enfin, un « fichier de prévention des violences intrafamiliales » devrait être créé, différent du fichier des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes, déjà existant, afin de partager les antécédents d’un mis en cause entre police, justice et administration. Macron s’était engagé, en avril, à y inscrire « des gens dont on sait qu’ils sont susceptibles d’être violents parce qu’il y a déjà eu des alertes ». Entre autres, des personnes visées par « des mains courantes et des plaintes qui n’ont pas été au bout ». Ministres et députés compris ?


Fanny Ruz-Guindos. Le Canard enchaîné. 16/11/2022


Une réflexion sur “Du n’importe quoi pour le moment !

  1. bernarddominik 22/11/2022 / 15:36

    Quand les faits ne sont pas qualifiés il est normal que la plainte soit refusée, ce serait admettre qu’on puisse porter plainte pour n’importe quoi. Dans mon entourage immédiat je connais 2 personnes en instance de divorce dont les épouses ont porté plainte pour violence simplement pour s’assurer de garder pour elles seules maison et enfants, ça fait tout de même le tiers des divorces. L’avocate de mon ex femme lui avait proposé ainsi qu’à notre fils de m’accuser d’attouchements sexuels sur notre fils. On parle beaucoup des violences faites aux femmes, mais pas du tout de celles qui n’en subissent aucune mais accusent tout de même leur ex compagnon. Or c’est au moins 20% des cas lors des séparations.

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